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DES VEAUX ET DES VAUTOURS

Hier, juste avant d’aller bosser, j’ai lu un énième article qui explique que les éleveurs maltraitent les veaux de tout un tas de façons. Je reviendrai plus tard sur le contenu de cet article, pour expliquer – encore – pourquoi ce qui est vu comme de la maltraitance n’en est pas.

En arrivant à la ferme, comme chaque semaine, on a fait un point de situation avec le patron : quelle vache a vêlé, qui doit vêler dans la semaine, qui a fait des bêtises, de quelles natures étaient ces bêtises, où en sont les cultures… Certaines de ces informations me sont indispensables pour faire ma part de boulot, d’autres ne me servent concrètement à rien, mais il me semble impossible de travailler en élevage sans prêter attention à l’ensemble de ce qui le constitue. Techniquement, c’est possible, mais c’est triste. Ce sont des métiers qu’on fait parce qu’on les aime, pas juste pour gagner des sous. Nous avons donc fait le point, et ces jours-ci, il y a eu une triste nouvelle.

Ma copine Melba a vêlé. Le vêlage s’est bien passé et Melba va très bien. Malheureusement, ça n’est pas le cas de son veau, une petite femelle. Normalement, un veau se met rapidement sur ses pattes. C’est une affaire de minutes. Mais ce veau là ne se levait pas. Elle a très vite été transportée au frais, et il a fallu deux personnes pour la nourrir, vu qu’elle ne tenait pas du tout debout. Le lendemain matin, elle était toujours couchée. Le patron n’a pas attendu plus longtemps : il a immédiatement appelé la vétérinaire qui n’a pas traîné et est venue tout de suite. Elle a diagnostiqué un problème intestinal et est intervenue au plus vite : perfusion pour éviter la déshydratation, anti-inflammatoire, antibiotique à large spectre. Mais quelques minutes après l’arrivée de la vétérinaire, le cœur du veau s’est arrêté. La vétérinaire n’a pourtant pas abandonné et a tenté un massage cardiaque. Sans succès. Il était impossible de faire plus ou de faire mieux. Malheureusement, parfois, il n’y a en réalité rien à faire.

Les cyniques ne manqueront pas d’imaginer que tous ces soins n’ont été prodigués que pour des raisons économiques. Dans le monde réel, un éleveur, qui plus est un éleveur qui a quarante ans de métier dans les pattes, sait pertinemment qu’il y a très peu de chances de sauver un nouveau-né qui se porte mal. Comme tous les nouveaux-nés, les veaux de moins de quarante-huit heures sont fragiles. Un éleveur sait également que le coût du traitement sera le même qu’il fonctionne ou pas, et que les tarifs vétérinaires ne sont pas donnés. Non que ça ne le vaille pas, tout le monde doit pouvoir vivre de son boulot. Mais si l’éleveur accepte de payer le vétérinaire avec peu de chances de sauver un veau, ça n’est pas que pour des raisons financières, c’est aussi une question de principe : quand on a la responsabilité d’animaux, ça inclus la responsabilité d’en prendre soin, de s’occuper de leur santé, d’essayer de les sauver, même, parfois – souvent – quand ça peut être un non-sens économique. C’est une question de principe, c’est aussi une question d’honneur.

J’écoutais le patron m’expliquer ce qui s’était passé. Je me disais que son honneur était sauf : il a fait tout ce qu’il pouvait pour sauver le veau de Melba. Mais je ne pouvais pas m’empêcher de penser à cet article lu quelques minutes plus tôt mettant une fois de plus en cause l’honneur des éleveurs. Tous ces gens qui font des « enquêtes », tous ces gens qui vendent des articles sur la base de ces « enquêtes » ne sont jamais là pour voir tout ce qui peut être fait au quotidien pour soigner les bêtes, jusqu’à tenter l’impossible, alors même que cet impossible coûte beaucoup d’argent dans un contexte où les productions agricoles leur sont payées à des tarifs parfaitement ridicules. Le travail bien fait ne paie pas, contrairement aux « enquêtes » partisanes et bâclées.

Si un de ces « enquêteurs » était venu après tout ça, il aurait trouvé un petit cadavre de veau. Il l’aurait photographié. Il en aurait conclu que, dans cet élevage, on tue des veaux, ou qu’on les laisse mourir, et le grand public aurait braillé en chœur à l’ignominie. Il n’y a jamais personne pour photographier une vétérinaire qui tente un massage cardiaque. Il n’y a jamais personne pour filmer l’éleveur qui paie la facture. Tels des vautours, ces « enquêteurs » et les médias qui leur donnent la parole n’aiment que les cadavres. Vous me permettrez d’avoir plus de respect pour ceux qui ont le sens de l’honneur.

PIERCING SANS TROU ET HURLEMENT

Nous avons encore constaté la diffusion d’une énième vidéo d’ignorants qui postent des inepties sans comprendre plutôt que de questionner des professionnels. Il s’agissait cette fois de l’anneau anti-tétée.

Alors explications !

Pensant que l’humour par l’absurde avait une plus grande portée que la pédagogie pompeuse, j’ai entrepris, dans un premier temps, de poster une photo de ma patronne et de ses piercings. Mais la chose m’a suffisamment échauffé pour que je transforme le commentaire en billet .

Dans les commentaires on peut lire (attention ça pique les yeux) :

« Que pensez vous des boucle antie tete que les paysans mete aux vache pourai ton intdire cela merci »

Ou, si j’ai bien suivi :

« Que pensez-vous des boucles anti-tétée que les paysans mettent aux vaches ? Pourrait-on interdire cela ? Merci. »

Quand je lis ce genre de questions, premièrement j’observe une minute de silence en la mémoire de la langue française, deuxièmement je me demande bien pourquoi elle est posée.
Je suppose que l’on imagine qu’il s’agit d’une pratique barbare venue du fond des âges, douloureuse pour l’animal, comme toutes ces choses contraires à la juste prise en compte du bien-être animal.

Mais de quoi parlons-nous ?

Anneau anti-tétée la photo fait frémir, n’est-ce pas ?

Alors afin d’éviter un buzz qui véhicule l’ignorance détricotons ce tissu de fausses évidences.
Les boucles anti-tétée sont des anneaux que l’on passe dans le nez. Ils sont surmontés de petits picots peu affûtés, en nombre variable et parfois fusionnés en une fine plaque. Ces picots de métal sont orientés vers l’extérieur, vers l’avant de la génisse, pas vers le nez ou la peau. Ils ne blessent donc pas l’animal qui les porte, et en plus, comme il s’agit de jeunes adolescentes, ce coquet piercing ne traverse pas la cloison nasale. Deux boucles d’oreille, c’est bien suffisant à leur âge.

À moi de poser une question, chers deux-pattes :

Vous êtes-vous demandés pourquoi les éleveurs s’amusent à acheter ces trucs pour les placer sur le nez de certaines de leurs génisses ?

Non ?

Vous en demandez pourtant l’interdiction. Pourquoi ? Parce qu’il y a des picots de métal dessus, que ce n’est pas beau et que ça doit d’une manière ou d’une autre servir à torturer les animaux ?
Et que les éleveurs sont tous de gros salopiauds qu’ il faudrait pendre par les tripes ?

Passons au vif du sujet : ces coquetteries sont en général placées sur le mufle de génisses sevrées (elles ne tètent donc plus leur mère), animaux qui sont le plus souvent regroupés en lots homogènes. Certaines de ces génisses, dites “téteuses” (il doit y avoir d’autres noms ), ont une tendance marquée à téter le pis de leurs jeunes amies. Copines qui ont, comme elles, quelques mois, et qui dissimulent entre leurs cuisses les délicates promesses des plantureuses mamelles à venir.

Non, les éleveurs n’interdisent pas ces jeux innocents parce qu’ils réprouvent la découverte trop précoce du corps de ces adolescentes à travers l’exploration de celui de leurs alter ego. Les paysans sont des gens ouverts et pragmatiques, enclins à laisser faire la nature … tant qu’il n’y a pas de dégâts.

Or, des dégâts, il y en a : en tétant des pis encore secs et fragiles, ces coupables génisses les condamnent à de précoces inflammations et infections qui peuvent entraver le bon développement du pis, voire l’assécher irrémédiablement. Une vache étant élevée pour faire du lait ou des veaux (qui ont besoin de lait), ces jeux les pousseront donc vers un précoce engraissement, puis vers l’abattoir.

La tétée n’étant pas douloureuse, les génisses se laissent faire. C’est pourquoi les éleveurs disposent ces anneaux sur le mufle des tétardes tétouilleuses : pour le coup, ces baisers deviennent douloureux et peu de génisses apprécient les ébats sado-masochistes. Elles cessent donc de se laisser faire et, repoussant les avances, préservent leur poitrine entrecuisse en devenir.

Et voilà. Ces instruments de torture ne sont donc que de simples appareils qui ne blessent pas la coquette qui les porte, ni ses congénères qui évitent alors la tétée. Ils n’empêchent pas de boire, de manger ou d’exprimer un répertoire comportemental normal.

Je suis donc contre leur interdiction ! Et pour la pédagogie.

Pour terminer, je voudrais préciser que je n’ai, par ce billet, chers deux-pattes, nullement l’intention de blesser . Vous ignoriez l’intérêt de ces anneaux, mais au lieu de demander à quoi ils servent, vous avez préféré demander leur interdiction, en pensant qu’ils étaient forcément mauvais. En cela, vous réagissez comme nombre de personnes à des choses que vous ne comprenez pas et que personne ne prend le temps de vous expliquer. Pensez simplement à demander ces explications. N’hésitez pas à poser des questions aux paysans heureux d’échanger avec vous sur leur métier de passion et qui vous parleront bien mieux que moi de bon nombre d’aspects de ce métier d’éleveur au sujet duquel tant de croyances infondées circulent, à l’intersection du choc entre une image que l’on voudrait chérir et idéaliser et des réalités.

L’anthropomorphisme a encore de beaux jours devant lui.

Sinon, je songe à placer un anneau nasal à la Patronne pour qu’elle tête moins de boisson maltée .

Bik Bisous qui sent le bouc .

MAIS QUE MANGENT DONC LES VACHES ?

Instinctivement, vous êtes tentés de répondre : « de l’herbe ! ». Ou si vous êtes facétieux : « du soja ! ». Mais vous êtes malins et vous vous doutez qu’il y a un piège. Et si vous êtes un habitué de la Botte de Paille, vous savez que la bonne réponse est : « ça dépend ». Car en effet, « de l’herbe », ça ne veut pas dire grand-chose.

pâturage

Pour commencer, il peut y avoir confusion sur ce qu’est une pâture, car il en existe en réalité de deux sortes.

La première est la pâture dite permanente. On appelle pâture ou prairie permanente une surface couverte de plantes herbagères depuis au moins cinq années. Entrent aussi dans cette catégorie des prairies permanentes les landes, parcours, estives et autres surfaces où les animaux d’élevage peuvent croûter dans les régions où il ne pousse pas d’herbe au sens où on l’entend communément. Mais une prairie permanente n’est que rarement un espace sauvage. Elle peut être labourée et ré-ensemencée : tant qu’on n’y fait pas pousser autre chose que des plantes herbagères, ça reste une prairie permanente. Et comme rien n’est jamais simple, il y a une sous-catégorie de prairies permanentes qui, elles, n’ont pas le droit d’être labourées, réensemencées ou converties en terre cultivable : ce sont les prairies permanentes sensibles. Il s’agit essentiellement de prairies situées en zone Natura 2000 et présentant une biodiversité riche. Comme vous pouvez le constater sur la carte ci-dessous, ces prairies permanentes sont en réalité fort rares.

les prairies sensibles en France

En dehors de ces zones, les prairies sont donc en réalité des zones cultivées, mais uniquement de plantes herbagères contrairement à la seconde catégorie constituée par les prairies temporaires. Mais puisque décidément, en élevage, rien n’est jamais simple, il y a aussi deux sous catégories de prairies temporaires. Il y a d’abord les prairies de fauche. On n’y mène pas les bêtes, ce sont les prairies qui sont semées pour constituer le stock de foin pour l’hiver. Puis il y a des prairies temporaires où effectivement les vaches vont brouter. Toutes les prairies temporaires entrent dans un schéma de rotation des cultures. On pourra par exemple y faire pousser de l’herbe à foin pendant quatre ans et du maïs la cinquième année. Cette forme de rotation a énormément d’avantages, y compris sous un angle écologique, mais c’est un sujet complexe sur lequel nous reviendrons une autre fois, aujourd’hui, nous allons nous concentrer sur la nourriture des vaches.

Maintenant que vous savez tous que les prairies sont rarement des espaces sauvages, qu’elles sont en réalité cultivées, vous vous demandez forcément avec quoi on les ensemence, et c’est là que ça devient compliqué, encore plus compliqué que les histoires de types de prairies, car c’est là que commence le « ça dépend ». De nombreux paramètres peuvent entrer en compte : la nature du sol, le climat, la formation de l’éleveur, la façon dont il aura questionné (ou pas) sa formation initiale, la taille des parcelles, etc. D’un coté, vous trouverez des éleveurs qui ne jureront que par le ray-grass, et parmi eux, il y aura les défenseurs du ray-grass anglais et ceux du ray-grass italien. De l’autre côté du très large spectre que constituent les éleveurs, vous trouverez ceux qui défendent l’idée qu’une bonne pâture doit être constituée d’au moins quarante-deux plantes différentes pour bien nourrir les vaches. Car ce qu’on appelle communément de l’herbe est en réalité un vaste choix de cultures possibles. On pourra ainsi trouver dans les pâtures, outre les ray-grass, différentes sortes de fétuques, du dactyle, de la fléole, du pâturin des près, du pâturin commun, de la crételle, du plantain, de l’agrostide, de la houlque laineuse, etc. Voilà bien la complexité des prairies : il nous faudrait un herbier fort dense pour inventorier tout ce qu’on peut y trouver, d’autant que les plantes sauvages peuvent y pousser entre ce qui y a été semé, et les vaches mangent tout ça, mais pas que ça.

la houlque laineuse

En effet, en plus des herbes qu’elles pâturent, la ration des vaches pourra être complétée par d’autres aliments, surtout l’hiver où la nourriture se fait rare dans les prairies. On trouvera souvent du maïs, mais il n’est pas du tout rare de trouver tout un tas de légumineuses : des pois, de la betterave fourragère, de la féverole, du trèfle, de la luzerne, etc. Les légumineuses sont riches en protéines, et il y a de fortes chances, si vous en trouvez dans un élevage, que vous n’y voyez pas par ailleurs de soja. En fait, si le soja fait beaucoup de bruit, on en donne en réalité très peu aux bovins français. Nombre d’éleveurs ont encore une logique d’autonomie. Tant pour des raisons financières que culturelles, ils n’aiment pas beaucoup acheter à l’extérieur et préfèrent produire eux-mêmes. Or, le tourteau de soja est un produit d’importation. Nombreux sont ceux qui se tournent vers des cultures que leurs parents avaient abandonnés, et on voit de nouveau des champs de betteraves fourragères par exemple.

Dans les élevages laitiers, les herbes constituent environ les deux-tiers de l’alimentation des animaux, soit en frais pâturé ou coupé du jour, soit en herbes conservées. Cette part monte à 80 % dans les élevages de races à viande. Il est à noter qu’il existe plusieurs façon de conserver les herbes fauchées. La première, tout le monde la connaît : c’est le foin.

du bon foin pour passer l’hiver !

On fauche une pâture, on laisse les herbes sécher au soleil (et ces jours là tout le monde prie très fort pour qu’il ne pleuve pas, même les plus incroyants), on mélange, on laisse encore sécher (et on prie une seconde fois) puis on presse en « roundballers » – ou ballots – qu’on laissera encore sécher au soleil, mais à ce stade, la pluie ne pose plus de problème. Les herbes (ainsi que certaines légumineuses) peuvent aussi être ensilées exactement comme le maïs. L’ensilage est une fermentation anaérobie, c’est à dire qu’on va mettre toute la matière dans un silo, tasser très très fort pour en chasser tout l’air et fermer hermétiquement avant de laisser fermenter. L’herbe ensilée est un peu la choucroute des vaches. Ça change le goût (les vaches en raffolent), l’odeur et les qualités nutritives, ça se conserve une bonne année et ça permet de tenir tout l’hiver. Il existe encore une solution intermédiaire : l’herbe enrubannée. On fauche, on laisse sécher l’herbe mais seulement un petit peu, on presse sous forme de ballot qu’on enrubanne sous un film plastique (en général biodégradable). C’est aussi une fermentation anaérobie. Enfin, il existe une autre méthode de conservation des herbes fauchées bien connue des Suisses en particulier mais plus rare chez nous : le séchoir à foin. On récolte le fourrage et on le met dans un séchoir où il sera traversé par un air chaud envoyé par un système de ventilateurs.

Le maïs ensilé, quant à lui, constitue en moyenne 20 % de la ration des vaches. Est-ce que les vaches pourraient se passer de maïs ? Évidemment, à condition d’avoir des pâtures suffisamment riches par ailleurs. Même si ça ne leur ferait pas forcément plaisir, le maïs étant aux vaches ce que le chocolat est à la personne qui est en train de rédiger cet article. Est-ce que les éleveurs pourraient se passer de maïs ? C’est plus compliqué. Il leur faudrait alors plus de surfaces de prairies et plus de vaches pour produire les mêmes volumes. Ou mieux : il faudrait que leurs productions soient mieux payées pour qu’ils puissent se permettre de produire moins. Il faudrait aussi leur ré-apprendre à fonctionner sans.

À quoi sert le maïs ? À augmenter un peu la production de lait et les bénéfices des vendeurs de semences de maïs et de correcteurs azotés. Car si on donne du maïs aux vaches, il faut aussi leur donner des correcteurs azotés pour qu’elles le digèrent correctement. Qu’est-ce qu’un correcteur azoté ? Eh bien, les tourteaux de soja ou de colza, par exemple, sont des correcteurs azotés : la petite partie de nourriture pour les vaches que la plupart des éleveurs ne peuvent pas produire eux-mêmes. À ce stade, j’entends nombre d’éleveurs fulminer. Mais c’est une réalité : la seule raison pragmatique de donner du maïs aux bovins n’est pas nutritionnelle, mais bien économique. Il n’y a là nul jugement, c’est un simple constat qui par ailleurs engage autant les consommateurs que les éleveurs : pour que la production se fasse au mieux, il est indispensable que les consommateurs n’aillent pas au moins cher.

Il y a enfin un dernier élément qui peut entrer dans la composition de la ration des vaches : les compléments alimentaires tels que le sel, des minéraux ou des vitamines. C’est en volume une part ridicule de leur ration, mais cette part évite d’éventuelles carences, exactement comme il peut nous arriver de faire une cure de vitamine C ou de magnésium. En tête des éléments dont manquent souvent les vaches, on trouve le sélénium. Certains sols en contiennent suffisamment, mais les sols acides des massifs granitiques, par exemple, en empêchent l’assimilation. On en trouve dans certaines plantes, comme les endives, mais les vaches n’aiment pas les endives. En tout cas, j’ai pour ma part essayé d’en donner à ma vache, et elle a fait une épouvantable grimace. On complète donc les rations avec des minéraux et vitamines de sorte à garder les animaux en bonne santé.

Si j’en crois les chiffres donnés par l’Institut de l’élevage, et je n’ai aucune raison de ne pas les croire, les céréales constituent 5,6 % des rations des bovins, mais cela ne concernerait que les races à viande. N’ayant pour ma part jamais vu d’éleveurs donner de céréales à ses bêtes, je ne suis pas en mesure de vous en dire plus à ce sujet.

Bien évidemment, tout ceci est valable pour les élevages français. Chaque pays a une approche très différente de l’alimentation des bovins. La part de maïs et de soja est beaucoup plus élevée dans les élevages Américains tandis que les vaches suisses mangent beaucoup moins de maïs que les nôtres.

Il reste une dernière question : de quelle quantité de nourriture a besoin cette grosse bestiole qu’est la vache ? Vous me voyez venir ? Ça dépend ! Eh oui, ça dépend, exactement comme nous : un kilo de salade ne vaut pas un kilo de frites, un grand gaillard de cent kilos mangera souvent plus qu’un gringalet de quarante-cinq kilos, certains ne prendront pas un gramme en s’empiffrant et d’autres grossiront en regardant la vitrine du pâtissier.

C’est la même chose pour les bovins : un kilo de mauvais fourrage ne vaut pas un kilo de fourrage riche et une vache laitière de grande race ne mangera pas la même chose qu’une petite vache Highland qui est une race qui valorise bien des fourrages très pauvres. Pour la vache, on comptera donc en matière sèche, l’eau contenue par les herbes pâturées n’étant pas nourrissante en soi et les études montrent que la consommation journalière varie de 12 à 30 kg.

Vous le voyez, la question de l’alimentation des vaches n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire. Et ça n’est rien du tout en comparaison de la complexité de leur système digestif. Mais nous reviendrons sur les quatre estomacs du bovin un autre jour.

ERREUR DE PARCOURS

Vous connaissez l’expression « chercher une aiguille dans une meule de foin » ? Eh bien, il y a aussi « chercher une chevrette sur 100 hectares de bruyères échevelées ».

« Vers l’infini, et au-delà ! »

Mes filles, les chevrettes qui sont destinées à intégrer le troupeau de laitières – Paula, Paupiette, Patou, Picolina, Pastaga et Chaussette – se sont perdues ce matin.

Je vous raconte.

Mes chevriers nous élèvent sur un massif situé dans le sud de la France : le massif des Albères. Ils nous élèvent selon ce qu’on appelle un modèle extensif, c’est à dire que nous avons de l’espace pour parcourir, pour manger et nous promener. Ils travaillent selon un système pastoral (vous en apprenez des choses, dites donc !) en nous promenant de parcelle en parcelle, afin d’aller manger la végétation qui apportera suffisamment d’énergie pour faire du lait et aussi dans le but de débroussailler et, ainsi, limiter les risques d’incendie.

On oppose le modèle extensif au modèle hors-sol, dans lequel les animaux ne sortent pas du bâtiment. Entre ces deux modèles, il y a tout un tas de modèles d’élevage possibles : des animaux qui restent en stabulation, d’autres qui sont dans des prés, d’autres encore qui sortent au printemps et qui restent en bâtiment l’hiver, de gros élevages de plusieurs centaines de bêtes, des petits élevages… Certains produisent leur foin et leurs céréales, d’autres pas, soit parce qu’ils n’ont pas les terres ou le matériel pour le faire, ou alors parce que le terrain est trop accidenté. Certains élevages n’ont pas la possibilité de sortir les animaux parce qu’ils ne disposent que d’une petite surface.

« On veut sortir !!! »

Bref chacun fait comme il peut plus que comme il veut !

Nous, notre chèvrerie est en plein massif forestier. En pleine suberaie (forêt de chênes-lièges). Mmmm ! C’est bon la suberaie ! Surtout à l’automne quand il y a plein de glands qui tombent des chênes ! Mais les chevriers ne veulent pas qu’on en mange trop parce que ça nous fait mal au ventre.

La suberaie au printemps, c’est bon aussi ! Lavande, salsepareille, genêt… Et il y a plein de bruyères ! Plein partout ! Même que parfois, seuls les sangliers peuvent les traverser, tant elles sont emmêlées et échevelées. Et un deux pattes, parfois, ne peut pas les traverser.

Bref, mes filles ont quatre mois. Elles sont sevrées et en plus du foin et des céréales, elles doivent apprendre à manger dehors. Mes chevriers, pour commencer, les sortent comme une récréation : une heure autour de la chèvrerie pour découvrir. Mes filles font plus de cabrioles qu’elles ne mangent. Dès la deuxième sortie, elles grignotent les toupets des bruyères arborescentes, puis elles goûtent aux feuilles de chênes : chênes verts et chênes pédonculés, mais pas encore aux chênes kermès trop ligneux pour leurs petites dents. Elles ne s’éloignent pas du chevrier, car elles sont craintives et peuvent s’effrayer d’un oiseau qui se pose à proximité !

Fin juin, cela fait plusieurs semaines que les chevrettes sont en apprentissage du parcours. Elles sont maintenant incorporées au reste du troupeau pour la balade-repas. Et ce n’est pas simple, car les chèvres adultes ne voient pas d’un œil bienveillant ces nouvelles qui viennent grignoter LEURS ARBUSTES. Alors les chèvres adultes les tapent et les chevrettes se retrouvent en queue de peloton, car en parcours, les dominantes conduisent et ouvrent la marche et ne tolèrent pas qu’une jeunette passe devant.

« À la queue, comme tout le monde ! »

Et aujourd’hui : accident de parcours !

Mes chevriers n’ont pas vu que les chevrettes avaient quitté le peloton de queue et la piste pour aller s’enfoncer dans la bruyère.

C’était l’heure de rentrer en bâtiment et le troupeau arpentait la piste qui y conduit sous la chaleur et un soleil qui darde. Les grandes sont habituées. Elles ont chaud et soufflent, mais sont habituées.
Les chevrettes, non. Elles n’ont pas l’habitude. Elles ont moins de ressources et fatiguent plus vite.
Alors mes filles ont trouvé judicieux de décrocher de la piste pour aller chercher la fraîcheur sous les bruyères. Discrètement. Sans bruit. Sans attirer l’attention du chevrier ou du chien.

Au moment de rentrer le troupeau, ce fut une évidence : Paula, Chaussette, Pastaga, Paupiette, Patou et Picolina avaient disparu.

ça tape dur !

13 h : 35°. Soleil de plomb.

Couple de buses, renards, blaireaux et chiens errants ne permettent pas que les filles passent la nuit dehors. Et la chaleur et la déshydratation non plus.

Ni une ni deux : il fallait partir à leur recherche .

Le chien fut d’un piètre secours : accablé par la chaleur qu’il était, il préféra s’allonger au frais et à l’ombre, donc les deux chevriers ne devait compter que sur eux-mêmes.

ah ! la pôv’ bête !

Il est arrivé par le passé qu’un chevreau échappé du parc suive les chèvres et s’égare : il n’a jamais été retrouvé. Là, il fallait les retrouver avant la nuit. Or les chevrettes – était-ce l’instinct de protection ? était-ce la fatigue et la chaleur ? – ne répondaient pas aux appels. Aux « bébés », « bilibili » et au bruit familier des céréales agitées dans le seau qui les fait accourir à toute vitesse d’ordinaire.

Le soleil mord la peau. La chaleur est accablante. Les bruyères sont hostiles et les ronces sont hargneuses. Le temps passe.

Les chevriers vont renoncer quand, soudain, une buse plane en décrivant un cercle.

LE TALWEG EN CONTREBAS ! Zou !

Tant pis pour les bras griffés par les branches. Il faut s’enfoncer au milieu des bruyères, au fond, au frais, à l’ombre : elles sont là ! Elles entendent et répondent aux appels ! Elles finissent par se lever et cheminer vers les voix familières. Enfin !

Paula, Paupiette, Pastaga, Patou, Picolina et Chaussettes rentrent au bercail.

Il faut fêter ça : eau fraîche et minéraux pour elles et bière bien fraîche pour les chevriers !

Erreur de parcours qui finit bien, grâce à l’intervention et au courage des deux chevriers, qui n’ont pas ménagé leur temps et leur peine pour retrouver les quelques fuyardes. Encore des éleveurs peu soucieux de leurs animaux, sans doute !

LA POULE AUX ŒUFS D’OR EST À SEC

Il semblerait que L214 apprécie particulièrement les élevages de volailles, puisqu’une énième vidéo volée a été publiée ce jour, donnant à voir un élevage de poules pondeuses élevées en cages.

Nous ne jugerons pas ici de la pertinence de cette méthode d’élevage puisque le débat a déjà été tranché par l’Assemblée Nationale le 27 mai 2018 et traduit dans le Code Rural et de la Pêche maritime par une modification de l’article L.214-11.

extrait du JO n° 0253 du 01 11 2018

C’est en effet à cette date que les députés ont décidé d’interdire l’installation de tout nouvel élevage de poules en cages. La filière avicole ne s’y est d’ailleurs absolument pas opposée : les éleveurs ont parfaitement entendu le message de la société qui ne souhaite plus que l’on produise de cette façon. Ils acceptent qu’à l’avenir il faudra procéder autrement. Mais alors, demanderez-vous : si l’on accepte l’idée qu’il faut cesser ce type d’élevages, pourquoi ne pas l’interdire purement et simplement immédiatement tout de suite ? Eh bien pour une raison fort simple : « y’a qu’à » et son ami « faut qu’on » fonctionnent toujours fort bien sur le papier, mais quand il est question de mise en œuvre concrète, les choses sont souvent beaucoup plus compliquées. Jugez plutôt.

photo : איתמר ק., ITamar K. — Travail personnel, Domaine public (Wikipedia)

Au fil du temps, il a été demandé aux éleveurs de volailles, par directives européennes, d’avancer vers plus d’exigence quant au respect de certaines normes. Nous ne nous attarderons pas ici sur les détails techniques allant de la taille des cages à la forme des mangeoires en passant par le nombre de perchoirs et le type de sol requis, les plus curieux d’entre-vous pourrons aller lire, par exemple, la Directive 1999/74/CE ou encore la Directive 98/58/CE. Tous ces changements qui peuvent sembler à la marge ont eut un coup financier pour les éleveurs qui n’ont reçu que fort peu d’aides pour y faire face.

La première de ces deux directives demandait la disparition des cages dites « conventionnelles » pour le 1er janvier 2012. Les éleveurs qui travaillaient avec ces cages ont donc dû investir massivement pour remplacer tout leur matériel. L’investissement total pour réaliser ces changements s’est monté en France à un milliard d’euros. Le Ministère de l’Agriculture a débloqué, pour les y aider, une enveloppe de onze millions d’euros. Soit 1,1 % de la somme totale. La différence, les 98,9 % restants, a donc été payée par les éleveurs eux-mêmes. Pas par l’État, pas par les consommateurs, pas par les gens qui souhaitent des améliorations sur la question du bien-être animal, pas par les distributeurs : par les éleveurs. Nombre d’entre-eux ont donc eu recours à des emprunts bancaires pour changer tout leur système de cages. « Or, 43 % de ces investissements auront fini d’être remboursés seulement entre 2024 et 2030» explique Yann Nédélec, directeur de la confédération française de l’aviculture, cité par le journal La Croix du 31 mai 2018. Comment dès lors demander aux éleveurs de réaliser un nouvel emprunt pour effectuer de nouveaux travaux pour répondre à une nouvelle demande des consommateurs qui, par ailleurs, changera peut-être encore dans six mois par le truchement d’une vidéo plus ou moins réaliste ? Quand bien même on l’exigerait, aucune banque n’accepterait de prêter de l’argent – et comprenez bien qu’il ne s’agit pas de petites sommes – à des individus ou à des entreprises qui ont déjà un gros prêt à rembourser. Dès lors, s’en prendre aux éleveurs pour demander un nouveau changement immédiat est tout simplement un non-sens.

Si L214, en tant qu’association, bénéficie de dons d’origines plus ou moins transparentes, les éleveurs, qui sont des entrepreneurs, se retrouvent souvent seuls pour faire face aux nouvelles exigences des consommateurs. Ils l’ont déjà maintes fois prouvé : ils ne refusent pas le changement. Mais ils sont éleveurs, pas magiciens : ils ne savent pas faire apparaître les fonds nécessaires aux changements radicaux en claquant des doigts, d’autant que les adaptations auxquelles ils se plient ne leur permettent pas pour autant de bénéficier de meilleurs prix à la vente de leur production, ce qui fragilise et met en danger leurs exploitations. Ce qui est très exactement le but recherché par L214.

On nous objectera sans doute qu’il y a quelque chose de cynique à parler d’argent quand on parle de bien-être animal. Nous répondrons que ce ne sont pas les éleveurs, qui créent les lois du marché : c’est une réalité avec laquelle il faut composer que cela nous et vous plaise ou non. Néanmoins, retenons que les élevages de volailles se sont notoirement améliorés ces dernières années et que les cages sont destinées à disparaître dans les années qui viennent. Nous pouvons donc nous comporter en adultes qui comprennent les enjeux et font preuve d’un peu de patience, ou taper du pied comme des enfants gâtés qui refusent de comprendre que les choses ne peuvent pas se plier à notre volonté immédiate par invocation de « y’a qu’à » et « faut qu’on ».

ALERTE AUX ACTIVISTES !

Amis éleveurs, attention !

Direct Action Everywhere, un groupuscule d’activistes animalistes né aux USA, a engagé une campagne de recrutement de stagiaires sur Facebook, afin de les envoyer chez vous avec des caméras, et vous savez mieux que quiconque à quel point on peut manipuler des images et les faire mentir pour apitoyer le petit cœur des urbains, si facile à indigner sur les sujets dont il ne connaît rien.

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Direct Action Everywhere (DxE) se présente comme suit : « une association visant à dévoiler ce qui se cache derrière notre façon de consommer. Nous nous consacrons principalement à la production et diffusion de vidéos d’élevages et d’abattoirs. »

Sur le site de cette association, on trouve une carte de ce qu’elle considère être des fermes-usines, on peut donc raisonnablement penser que ce sont ces unités de production qui seront prioritairement visées. Elle est à l’origine de plusieurs vidéos ayant largement fait le tour des médias et tous les élevages filmés indûment étaient localisés en Bretagne.

Croyez bien que nous sommes absolument navrés de participer à nourrir un climat de suspicion, en particulier à l’égard des stagiaires, mais faire l’autruche n’est pas non plus une bonne solution.

Soyez vigilants, prévenez vos collègues, vos syndicats et vos chambres d’agriculture, faites signer des clauses de confidentialité qui vous permettront au moins d’agir après coup en cas de problème.

Ne cessez pas de former des gens, mais évitez de laisser vos stagiaires seuls.
Soyez vraiment vigilants !

VU DANS LA PRESSE – 3

POLITIS -> « Sale viande, fausse viande ou élevage paysan » par Paul Ariès

Tribune. Paul Ariès défend l’élevage paysan contre des mouvements animalistes antispécistes qui peuvent parfois converger avec le capitalisme et le productivisme.

Paul Ariès est auteur de Lettre ouverte aux mangeurs de viandes qui souhaitent le rester sans culpabiliser (Larousse, 2019) et animateur du collectif pour la défense de l’élevage paysan et des animaux de ferme.

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UN CHINOIS À LA TÊTE DE LA FAO

C’est le vice-ministre de l’agriculture chinois, Qu Dongyu, qui a été élu par l’assemblée des 191 pays membres à la tête de la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

La Chine est un pays dont l’agriculture et l’élevage ne cessent de créer d’innombrables problèmes sanitaires. Après l’énorme scandale de 2008 sur la poudre de lait toxique contaminée à la mélamine, qui a rendu malades 300 000 nourrissons et fait au moins neuf morts, ils ont fini par préférer importer de la poudre de lait française (avec les conséquences économiques qu’on sait). On ne compte plus les problèmes sanitaires graves dans leurs élevages de cochons. Leurs élevages de vaches, qui font de 10 000 à 100 000 têtes (non, il n’y a pas d’erreur dans le nombre de zéros), ont irrémédiablement pollué des surfaces de culture et des nappes phréatiques. Toutes les transmissions de grippe aviaire à l’humain de 2014 à aujourd’hui se sont produites en Chine – on en compte des dizaines sur le site de l’OMS.

Et pour arranger les choses, le nouvel arrivant à la FAO promet de travailler main dans la main avec Bayer. Tout ça dans un contexte où la Chine, peinant à produire assez pour elle-même, achète plus ou moins proprement des terres agricoles dans le monde entier, y compris chez nous.

Selon l’agence de presse Agi, les efforts diplomatiques de la Chine pour remporter ce rôle étaient importants. Pékin aurait mis beaucoup de pression ces derniers mois pour convaincre le Cameroun de retirer le candidat Medi Moungui, qui avait pourtant le soutien des 54 pays africains. Pékin aurait poussé Yaoundé à prendre cette décision après avoir accordé une importante remise de dette au Cameroun en janvier (environ 78 millions de dollars). Des pressions intenses auraient également été exercées contre les pays d’Amérique du Sud et d’Afrique pour obtenir leur soutien. Pressions sous la forme de “menaces” d’interdire les exportations agricoles vers la Chine.

Dans un tel contexte, un vice-ministre de l’agriculture chinois à la tête de la FAO devrait au minimum effrayer tout le monde. Mais non. Un article ici et là, et c’est tout. Pire, en France, où l’agriculture est une des moins crades du monde, n’en déplaise à nombre de mes compatriotes, on se focalise sur une vingtaine de vaches à hublot plutôt que de regarder en face ce qu’on va se prendre dans la figure avec cette élection.

Pour rappel, parmi les rôles de la FAO, il y a :

  • harmoniser les normes dans les domaines de la nutrition, l’agriculture, les forêts et la pêche ;
  • conseiller les gouvernements ;
  • développer le Codex alimentarius, système de normalisation internationale en matière alimentaire.

Presque rien : juste un poids énorme sur ce que nous mangerons demain.

VU DANS LA PRESSE – 2

WEB-AGRI -> « Recherche animale par fistulation : le groupe Avril et l’Inra répondent aux accusations de l’association L214 », par Arnaud Carpon avec AFP

Dans une nouvelle vidéo, l’association abolitionniste L214 dénonce la pose de hublots sur l’estomac de vaches dans un centre de recherche sarthois du groupe Avril. Le groupe, mais aussi l’Inra, qui utilise ce procédé, justifie son usage pour la recherche animale.

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LE POIDS DES SABOTS, LE CHOC DES PHOTOS

Il est fort probable qu’un jour prochain, une quelconque association animaliste qui aime les images choc sans recul découvrira la cage de contention et en fera des vidéos qui feront hurler des milliers de gens aussi bien intentionnés que mal informés.

Prenons donc les devants : voici une cage de contention avec une pauvre pauvre vache qu’on ne fait rien qu’à maltraiter, voyez plutôt.

photo San’Élevage – www.sanelevage.fr

Évidemment, les vaches n’apprécient pas particulièrement ces engins et il faut souvent ruser pour les y faire entrer. La ruse est d’ailleurs assez basique, en général, elle consiste en une simple friandise. Les éleveurs ont de la chance : les bovins sont des animaux gourmands. Mais pourquoi diantre mettre cette pauvre bête dans pareille position ? C’est fort simple : pour pratiquer une pédicure, quoi qu’en élevage on appelle ça un parage. Les bovins sont des ongulés, c’est à dire qu’ils marchent sur leurs ongles qu’on nomme plus communément par le mot sabot. Contrairement aux chevaux chez qui le sabot est en une seule pièce, le sabot de la vache est fendu. Et contrairement aux chevaux, les vaches ont beaucoup moins l’habitude qu’on leur tripote les pieds, si bien qu’elles se laissent beaucoup moins bien manipuler, or, il arrive qu’elles aient besoin de soins. Et c’est précisément pour ces cas là qu’on utilise une cage de contention avec une poulie qui permet de lui lever les pattes – l’une après l’autre évidemment. Ainsi, on peut procéder aux soins sans qu’elles se sauvent et sans qu’elles mettent leur pied dans le visage ou le thorax du soigneur.

Les problèmes de pied peuvent être de différentes nature et nécessiter plusieurs types d’interventions. Il peut s’agir d’un sabot cassé, d’un abcès, de dermatite, de panaris, de phlegmon … La liste des problèmes potentiels est longue et souvent, les soins nécessiteront une intervention humaine. Certaines vaches ont aussi les ongles qui poussent sans jamais s’user, et ça fini toujours par leur poser des problèmes pour marcher, alors on les immobilise pour tailler les sabots. C’est très impressionnant à voir, d’autant qu’on peut utiliser une disqueuse pour tailler le sabot, mais ça ne leur fait pas plus mal que pour nous quand on se coupe les ongles. Il peut aussi arriver qu’on leur pose des semelles provisoires le temps qu’une blessure cicatrise, qu’on leur mette un bandage ou qu’on se contente d’un bon nettoyage et d’une désinfection, mais dans tous les cas, il faut absolument immobiliser l’animal pour intervenir, y compris d’ailleurs pour sa propre sécurité : certains des outils permettant de les soigner sont coupants et mieux vaut que la vache reste immobile.

À première vue, ces cages semblent peu engageantes, pourtant, elles sont fabriquées en tenant compte d’un certain nombre d’éléments pour réduire au maximum le stress de l’animal. Vous ne trouverez par exemple pas de cage de contention aux parois pleines. En effet, la vache sera beaucoup moins stressée si elle peut voir ses congénères autour d’elle alors qu’un environnement complètement clos active le réflexe de fuite. On installe donc généralement ce dispositif non loin du troupeau. Je ne jurerai pas que les bêtes y passent le meilleur moment de leur vie, mais ça n’est pas non plus traumatisant au point qu’il deviendrait impossible de les y faire retourner ultérieurement.

Il arrive que ces cages soient utilisées pour d’autres types de soins, mais dans la majorité des cas, il s’agit vraiment de l’équivalent bovin du fauteuil d’un pédicure pour les humains.

Si l’on prend cette même image sans explication, si en plus il s’agit d’une vidéo avec une vache qui proteste – et certaines vaches savent protester fort bruyamment, ce qui ne veut pas dire qu’elles soient en souffrance – allez savoir quelles conclusions on peut en tirer sans connaître ce dispositif. Mais le jour où cela adviendra, vous saurez qu’il s’agit juste d’une séance de pédicure, et vous pourrez même vous en réjouir : un élevage où l’on prend soin des pieds des vaches est un élevage vigilant quand au bien-être des bêtes.

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