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UN CHINOIS À LA TÊTE DE LA FAO

C’est le vice-ministre de l’agriculture chinois, Qu Dongyu, qui a été élu par l’assemblée des 191 pays membres à la tête de la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

La Chine est un pays dont l’agriculture et l’élevage ne cessent de créer d’innombrables problèmes sanitaires. Après l’énorme scandale de 2008 sur la poudre de lait toxique contaminée à la mélamine, qui a rendu malades 300 000 nourrissons et fait au moins neuf morts, ils ont fini par préférer importer de la poudre de lait française (avec les conséquences économiques qu’on sait). On ne compte plus les problèmes sanitaires graves dans leurs élevages de cochons. Leurs élevages de vaches, qui font de 10 000 à 100 000 têtes (non, il n’y a pas d’erreur dans le nombre de zéros), ont irrémédiablement pollué des surfaces de culture et des nappes phréatiques. Toutes les transmissions de grippe aviaire à l’humain de 2014 à aujourd’hui se sont produites en Chine – on en compte des dizaines sur le site de l’OMS.

Et pour arranger les choses, le nouvel arrivant à la FAO promet de travailler main dans la main avec Bayer. Tout ça dans un contexte où la Chine, peinant à produire assez pour elle-même, achète plus ou moins proprement des terres agricoles dans le monde entier, y compris chez nous.

Selon l’agence de presse Agi, les efforts diplomatiques de la Chine pour remporter ce rôle étaient importants. Pékin aurait mis beaucoup de pression ces derniers mois pour convaincre le Cameroun de retirer le candidat Medi Moungui, qui avait pourtant le soutien des 54 pays africains. Pékin aurait poussé Yaoundé à prendre cette décision après avoir accordé une importante remise de dette au Cameroun en janvier (environ 78 millions de dollars). Des pressions intenses auraient également été exercées contre les pays d’Amérique du Sud et d’Afrique pour obtenir leur soutien. Pressions sous la forme de “menaces” d’interdire les exportations agricoles vers la Chine.

Dans un tel contexte, un vice-ministre de l’agriculture chinois à la tête de la FAO devrait au minimum effrayer tout le monde. Mais non. Un article ici et là, et c’est tout. Pire, en France, où l’agriculture est une des moins crades du monde, n’en déplaise à nombre de mes compatriotes, on se focalise sur une vingtaine de vaches à hublot plutôt que de regarder en face ce qu’on va se prendre dans la figure avec cette élection.

Pour rappel, parmi les rôles de la FAO, il y a :

  • harmoniser les normes dans les domaines de la nutrition, l’agriculture, les forêts et la pêche ;
  • conseiller les gouvernements ;
  • développer le Codex alimentarius, système de normalisation internationale en matière alimentaire.

Presque rien : juste un poids énorme sur ce que nous mangerons demain.

VU DANS LA PRESSE – 2

WEB-AGRI -> « Recherche animale par fistulation : le groupe Avril et l’Inra répondent aux accusations de l’association L214 », par Arnaud Carpon avec AFP

Dans une nouvelle vidéo, l’association abolitionniste L214 dénonce la pose de hublots sur l’estomac de vaches dans un centre de recherche sarthois du groupe Avril. Le groupe, mais aussi l’Inra, qui utilise ce procédé, justifie son usage pour la recherche animale.

cliquez sur l’image pour lire l’article sur Web-Agri

LE POIDS DES SABOTS, LE CHOC DES PHOTOS

Il est fort probable qu’un jour prochain, une quelconque association animaliste qui aime les images choc sans recul découvrira la cage de contention et en fera des vidéos qui feront hurler des milliers de gens aussi bien intentionnés que mal informés.

Prenons donc les devants : voici une cage de contention avec une pauvre pauvre vache qu’on ne fait rien qu’à maltraiter, voyez plutôt.

photo San’Élevage – www.sanelevage.fr

Évidemment, les vaches n’apprécient pas particulièrement ces engins et il faut souvent ruser pour les y faire entrer. La ruse est d’ailleurs assez basique, en général, elle consiste en une simple friandise. Les éleveurs ont de la chance : les bovins sont des animaux gourmands. Mais pourquoi diantre mettre cette pauvre bête dans pareille position ? C’est fort simple : pour pratiquer une pédicure, quoi qu’en élevage on appelle ça un parage. Les bovins sont des ongulés, c’est à dire qu’ils marchent sur leurs ongles qu’on nomme plus communément par le mot sabot. Contrairement aux chevaux chez qui le sabot est en une seule pièce, le sabot de la vache est fendu. Et contrairement aux chevaux, les vaches ont beaucoup moins l’habitude qu’on leur tripote les pieds, si bien qu’elles se laissent beaucoup moins bien manipuler, or, il arrive qu’elles aient besoin de soins. Et c’est précisément pour ces cas là qu’on utilise une cage de contention avec une poulie qui permet de lui lever les pattes – l’une après l’autre évidemment. Ainsi, on peut procéder aux soins sans qu’elles se sauvent et sans qu’elles mettent leur pied dans le visage ou le thorax du soigneur.

Les problèmes de pied peuvent être de différentes nature et nécessiter plusieurs types d’interventions. Il peut s’agir d’un sabot cassé, d’un abcès, de dermatite, de panaris, de phlegmon … La liste des problèmes potentiels est longue et souvent, les soins nécessiteront une intervention humaine. Certaines vaches ont aussi les ongles qui poussent sans jamais s’user, et ça fini toujours par leur poser des problèmes pour marcher, alors on les immobilise pour tailler les sabots. C’est très impressionnant à voir, d’autant qu’on peut utiliser une disqueuse pour tailler le sabot, mais ça ne leur fait pas plus mal que pour nous quand on se coupe les ongles. Il peut aussi arriver qu’on leur pose des semelles provisoires le temps qu’une blessure cicatrise, qu’on leur mette un bandage ou qu’on se contente d’un bon nettoyage et d’une désinfection, mais dans tous les cas, il faut absolument immobiliser l’animal pour intervenir, y compris d’ailleurs pour sa propre sécurité : certains des outils permettant de les soigner sont coupants et mieux vaut que la vache reste immobile.

À première vue, ces cages semblent peu engageantes, pourtant, elles sont fabriquées en tenant compte d’un certain nombre d’éléments pour réduire au maximum le stress de l’animal. Vous ne trouverez par exemple pas de cage de contention aux parois pleines. En effet, la vache sera beaucoup moins stressée si elle peut voir ses congénères autour d’elle alors qu’un environnement complètement clos active le réflexe de fuite. On installe donc généralement ce dispositif non loin du troupeau. Je ne jurerai pas que les bêtes y passent le meilleur moment de leur vie, mais ça n’est pas non plus traumatisant au point qu’il deviendrait impossible de les y faire retourner ultérieurement.

Il arrive que ces cages soient utilisées pour d’autres types de soins, mais dans la majorité des cas, il s’agit vraiment de l’équivalent bovin du fauteuil d’un pédicure pour les humains.

Si l’on prend cette même image sans explication, si en plus il s’agit d’une vidéo avec une vache qui proteste – et certaines vaches savent protester fort bruyamment, ce qui ne veut pas dire qu’elles soient en souffrance – allez savoir quelles conclusions on peut en tirer sans connaître ce dispositif. Mais le jour où cela adviendra, vous saurez qu’il s’agit juste d’une séance de pédicure, et vous pourrez même vous en réjouir : un élevage où l’on prend soin des pieds des vaches est un élevage vigilant quand au bien-être des bêtes.

DE L’INFOX DANS LE POULAILLER

Hugo Clément est journaliste. À ce titre, il est supposé informer le public. Mais ses pseudo-reportages malveillants et militants n’informent pas : ils désinforment.

Ainsi, son dernier exploit : sur Twitter, il se vante d’avoir passé la nuit dans un poulailler en Bretagne.

Il est donc entré par effraction dans une propriété privée. Déjà, en soi, ça n’est pas terrible. Là où ça devient grave, c’est qu’en bon urbain qui ne connaît rien à rien en croyant tout savoir, il y est entré sans le moindre respect des mesures de prophylaxie obligatoires dans ce type d’élevages.

J’ai bossé dans un élevage tout à fait équivalent à celui-là, je n’invente donc rien quant à ces mesures. On n’entre jamais là-dedans avec ses chaussures. Jamais. Les poulets sont extrêmement sensibles, entre autres, aux salmonelles. Quand on entre, on change de godasses, ou au moins on les désinfecte et on met des sur-chaussures neuves. Parce que nos semelles sont forcément toujours dégueulasses. On se désinfecte les mains. On enfile une combinaison ou une cotte qui ne quitte jamais l’élevage. On met une charlotte sur nos cheveux. Autrement dit : on met tout en œuvre pour préserver la santé des animaux. Une intrusion de ce genre peut mener tous les animaux à l’équarrissage. C’est à dire qu’ils peuvent être tués juste pour rien.

Ensuite, ce niquedouille découvre des cadavres de poulets et le congélateur où on les met. S’il y a un congélateur, c’est justement parce qu’on ramasse les cadavres. Il y a toujours des poulets qui meurent. Ça arrive. Même aux humains. On ne les voit plus mourir parce qu’on les envoie le faire à l’hôpital, de nos jours, mais figurez-vous qu’il arrive aussi que des humains meurent. Si si. J’vous jure. Memento mori, tout ça tout ça…

Chaque jour, on regarde donc bien partout pour être certain qu’il ne traîne pas de poulet crevé, d’autant que le poulet est cannibale. Oui, je sais, ça fait un choc, à force de lire “poulet nourri aux céréales”, on finit par croire que c’est un animal végétarien. Ben non. Le poulet, c’est une sorte de cochon à plumes : ça bouffe absolument tout, même ses congénères. Donc on ramasse les cadavres et on les congèle. Quand le congélateur est plein, on appelle l’équarrisseur qui vient le vider. Et ça permet aussi, s’il y a une surmortalité louche, de pouvoir faire analyser les cadavres afin de pouvoir identifier la source du problème. Il y a un taux de mortalité considéré comme parfaitement normal (j’ai oublié les chiffres exacts, il me semble que ça tourne autour des 2%, peut-être qu’un éleveur pourra nous le préciser ici). Quand on passe au-dessus, on fait des analyses. Les questions de sécurité alimentaire ne sont absolument pas prises à la légère en France. Je ne ferais pas le même pari concernant le poulet qu’on importe par exemple du Brésil.

En outre, pour en finir avec la question de la mortalité, cette race là – dont j’ai oublié le nom, je les appelle les poulets à gros cul – est très fragile du cœur. Ce sont des gros poulets (j’en ai moi-même élevés qui pesaient jusqu’à 5kg vidés / plumés et je vous jure que je n’exagère pas). J’en avais gardé un pour faire office de coq, Maurice, ben même dans des super-conditions d’élevage pas du tout intensif, avec accès extérieur, alimentation variée et tout ce qui va bien, son cœur a lâché alors qu’il n’avait pas deux ans.

Enfin, le truc qui m’a le plus marquée dans ce type d’élevages, c’est de constater à quel point des images peuvent être trompeuses.
Le poulet n’est pas l’animal le plus intelligent de la planète. Vous leur donnez de l’espace, ben ces cons de volatiles s’entassent quand même tous du même côté. J’avais vraiment été surprise de constater la différence de densité entre un côté du bâtiment et l’autre. D’un côté, je galérais à faire un pas tellement les poulets étaient les uns sur les autres. Dans le dernier tiers du bâtiment, il n’y avait quasiment aucune bestiole alors que rien ne les empêchait d’y aller. Alors forcément, selon le côté où on filme ou photographie, on n’a pas du tout le même rendu.

On voit sur ses photos que ces poulets sont en bonne santé. Crêtes bien rouges, bêtes pas déplumées : vraiment pas de quoi hurler.
Est-ce que c’est ce qu’il y a de mieux pour les animaux ? Non. Est-ce qu’on peut nourrir 8 milliards d’humains sur la base des exigences de ces Parisiens qui chouinent d’un rien ? Non plus.

Si vous ne voulez plus de ces poulets-là, achetez des poulets fermiers ou Label Rouge (le cahier des charges Label Rouge est plus contraignant que celui du Bio sur plusieurs points). Attention scoop : ça n’est pas le même prix. Si vous voulez que les plus pauvres ne soient plus nourris que de poulets brésiliens importés qui apprécieraient en comparaison les élevages français : continuez à taper sur nos éleveurs sans rien comprendre par ailleurs à ce que vous voyez. Continuez à entrer avec vos pompes dégueulasses dans leurs élevages, pour qu’ils perdent toute leur production déjà bien mal payée, ils finiront par se pendre. Mais ne vous étonnez pas ensuite qu’on vous en tienne pour responsable.

BULLETIN ÉPIDÉMIOLOGIQUE

Amis éleveurs, si vous ne le connaissez pas encore, je vous invite à visiter le site de l’ANSES qui centralise et permet le téléchargement du « Bulletin épidémiologique » sur la santé animale et l’alimentation de nos bestioles.

cliquez sur l’image pour accéder au site

CONTRÔLE !

Le lundi c’est contrôle. Le contrôleur vient… contrôler.

Oh ! il ne s’agit pas de ces contrôleurs qu’on donne aux chiens et dont les restes finissent aux sangliers, non.
Il s’agit du contrôleur laitier, celui avec qui on commence par boire un café. Celui qui joue avec le chien et qui vous aide aux mouvements de troupeau entre deux lots de chèvres à traire. Celui qui connaît le nom de vos chèvres et qui flatte la cuisse (de la chèvre, what did you expect?) en guise de présentation avant de brancher une chèvre. Le contrôleur sympa, quoi.

Le contrôle laitier, c’est ce qu’on appelle un syndicat de performance. Cékoidon ?
C’est un appui technique à adhésion facultative. Il n’est pas obligatoire. Il est là pour aider et conseiller l’éleveur. Les résultats du contrôle laitier servent de feuille de route pour ensuite aider l’éleveur dans les calculs de rations et pour la sélection génétique.

En effet, pour faire du bon lait (et pour ce qui nous concerne, du bon fromage), il faut un lait avec de bons taux de matière grasse et de protéines. Et cela dépendra d’une part de l’alimentation du troupeau, d’autre part des caractères génétiques de l’animal. Alors, le contrôle laitier permet d’adapter les apports en foin et céréales de la ration en fonction du litrage et des taux. Et puis cela permet aussi d’améliorer vos taux ( Ça va ? J’ai perdu personne en route ?) .
Comment qu’on fait donc M’dame pour améliorer les taux ?
Rien à voir avec la bourse… Quoique… Les bourses du bouc ont un rôle à jouer.
Par exemple, en ce moment, c’est sec sur les parcours. Pas d’herbe et les biks sucent des cailloux (sans contrepèterie). Alors le taux de matière grasse chute. Et ça, c’est embêtant parce que le client, il veut du gras dans son fromage ! Du moelleux, de l’onctueux, de la tendresse bordel !

Alors, pour compenser le phénomène (qui est aussi naturel chez la chèvre en cette période, afin de sevrer les chevreaux et de coller au stade physiologique de la lactation, mais qui est emmerdant pour fromager : ben oui, les clients on veut pas les sevrer , on veut les rendre addict !) Euh… Où en étais-je ?

Ouï ! Afin de compenser le phénomène d’inversion de taux, il suffit de donner 50 grammes de graines de tournesol par chèvre et par jour, et le lait retrouve un peu de gras !
Et bien ça, je l’ai appris avec le contrôleur laitier !

Et… Pssssssst… Approchez… Je vous livre un secret…
Non seulement le contrôleur est un ancien éleveur caprin fromager, mais c’est aussi MON ANCIEN MAÎTRE DE STAGE. Alors, il me donne des conseils pour fromager ! Et pour améliorer les taux ! Et là, on en vient à la bourse : on fait appel au bouc ! Ben oui, la génétique quoi ! La bonne graine qui donnera la bonne chevrette issue de la bonne mère. Donc, on adapte le bouc. Mes guerriers, Hercule Bouc, Jedi et Orion, ont une bonne génétique et engendrent de bonnes fifilles.

Hercule Bouc ? Les cordons de la bourse : ça te parle ?
Le contrôleur laitier est aussi celui qui passe dans tous les élevages laitiers. Celui qui fait lien. Celui qui vous donne la température de la filière :
« Tiens je suis passé chez trucmuche, tu savais que… »
« Tiens je t’ai trouvé quelqu’un pour placer ton bouc… »
Ce matin, entre le café et la madeleine, le contrôleur m’a donné des nouvelles du front. Et les nouvelles ne sont pas bonnes !

On savait qu’il n’y avait plus de pognon nulle part et surtout pas chez les éleveurs.
Mais là, le Conseil Général et la Région coupent les vivres et ce sont les syndicats de perf’ qui sont les premiers touchés.
Ainsi, on ne sait pas si le poste de contrôleur laitier pourra être maintenu, faute de subventions du CG. Le CG va aussi couper les vivres aux syndicats professionnels tels « la Rosée des Pyrénées », « l’Association foncière pastorale » , « les syndicats de travaux » : des organismes qui soutenaient les éleveurs et leurs filières.
Une fois de plus, le constat est le même : l’élevage paysan du pourtour méditerranéen ne fait pas partie des priorités et les filières seront encore un peu plus abandonnées.

Ah ! Oui ! Il y en a pour qui cela ne va pas si mal : les éleveurs bovins allaitants qui ont bloqué la plupart des terres des communaux, pouvant ainsi déclarer le maximum de surfaces pour toucher les primes et empêchant toute nouvelle installation agricole dans le département…
Lors de l’assemblée générale , roiiiii , y en avait de beaux pick-up flambants neufs et qui sucent du gasoil ! Fini les C15 !
Qu’ils en profitent : bientôt la réforme de la PAC 2020 et ce sera tout le monde en limousine. Euh, je parle des vaches ! Des vaches pour tracter les Nissan Navara que les éleveurs ne pourront plus faire rouler.

Voilà. Le contrôleur laitier sert à tout ça !
Là, il part au Maroc. Il y a trois ans, il a aidé une fromagerie à se créer près de Fès. C’est marrant de l’écouter me raconter comment ça se passe la bas : le lait est pasteurisé à cause de la brucellose, pas d’identification des chèvres, des caves d’affinage à 5°C alors qu’un fromage s’affine au-dessus de 12°C, pas de culture du fromage affiné, tout se vend frais…

Bref, c’est sympa le contrôle.
Le contrôleur laitier c’est le seul à qui les chiens font la fête ! C’est un signe, non ?

APRÈS LA BLONDE D’AQUITAINE…

Parce que je le veau bien !

… la fausse blonde de Bretagne !

L’ÉTRANGE CAS D’IRIS LA BLANCHE

Iris est une Prim’Holstein presque toute blanche. Sans cette particularité, elle passerait presque inaperçue dans le troupeau : ni dominante, ni meneuse, elle ne figure pas non plus dans la liste des traînardes. Lors de la traite comme pour sortir de la pâture, elle passe toujours parmi les premières sans être en tête. C’est une vache à la fois calme et volontaire, et une excellente laitière. Alors qu’elle est régulièrement l’employée du mois, elle n’est pas longue à traire. Elle n’a jamais été malade, je ne l’ai jamais vue sujette aux boiteries, bref : on pourrait ne lui prêter qu’une attention moyenne tant elle est discrète.

Pourtant, Iris est un cas très particulier, si particulier que je n’ai pas réussi à trouver la moindre explication scientifiquement tenable de cette particularité. C’est qu’Iris ne retient aucune insémination artificielle, alors qu’une journée avec le taureau suffit pour que neuf mois plus tard vienne un petit veau.

C’est qu’Iris a grandi dans la même case collective qu’Ivanhoé, l’ancien taureau de la ferme. Ils avaient le même âge à quelques jours prêts, aussi ont-ils passés plusieurs mois ensemble. Elle n’était alors qu’une génisse, et Ivanhoé était théoriquement loin de l’âge requis pour être un taureau sexuellement actif et fécond. Seulement voilà : personne n’avait expliqué la théorie à Ivanhoé. Iris avait déjà ses chaleurs, mais les femelles sont, toujours en théorie, plus précoces que les mâles. Elle était encore trop jeune pour être inséminée, mais ça non plus, personne ne l’avait expliqué à Ivanhoé, si bien qu’Iris s’est retrouvée gestante bien plus tôt que ne l’avait prévu l’éleveur. Ça n’a pour autant pas engendré de problème particulier. Iris est une grande vache, une des plus grandes du troupeau, preuve que cette grossesse n’a nullement ralenti sa croissance. Le veau est né en bonne santé après un vêlage sans difficulté. Comme je l’ai dit, depuis Iris n’a elle-même jamais eu le moindre souci de santé. Mais depuis, aucune tentative d’insémination artificielle n’a fonctionné. Pour qu’Iris ait un veau, il n’y a qu’une seule solution : la faire monter dans la bétaillère et la mener au taureau. Dans l’absolu, ça n’est pas particulièrement gênant : après tout, le taureau est là pour pallier les éventuels échecs d’insémination artificielle. C’est juste un peu embêtant car ça empêche toute sélection génétique – principale raison du recours habituel à l’inséminateur.

Je ne connais aucun autre cas semblable.

Depuis, Ivanohé a été remplacé par Arthur, qui ne s’appelle pas vraiment Arthur, mais je trouve que ce nom lui convient bien mieux. Son successeur, Maestro, grandit actuellement parmi d’autres génisses du même âge que lui. Mais Maestro est sous surveillance. Comme il n’écoute rien quand on tente de lui expliquer la théorie, il ne sera pas laissé avec les jeunes génisses quand elles commenceront à avoir leurs chaleurs !

POURQUOI SÉPARE-T-ON LES VEAUX DE LEUR MÈRE ?

 

« Pourquoi sépare-t-on les veaux de leur mère ? », telle est la question qu’on nous pose le plus souvent concernant les élevages laitiers. Enfin… En réalité, on nous assène plutôt des affirmations anthropomorphiques concernant la séparation des veaux de leur mère, mais il y a aussi des gens pleins de bonne foi qui ne demandent qu’à comprendre, nous allons donc le leur expliquer ici.

Il faut avant tout faire la part des choses : tous les veaux ne sont pas séparés de leur mère à la naissance. Cet acte concerne essentiellement les veaux de races laitières, les veaux de races dites allaitantes, c’est-à-dire à viande, restent un certain temps – variable selon les élevages – sous la mère. Il en va autrement dans les élevages laitiers. Là, en effet, on retire les veaux relativement vite, mais le délai exact diffère d’un élevage à un autre, selon tout un tas de critères qui vont des conditions de vêlage aux infrastructures en passant par la sensibilité particulière de l’éleveur. Certains le feront dans l’heure, d’autres dans la journée. Dans tous les cas, on laisse toujours le temps à la vache de lécher son veau. Comme tous les mammifères, le petit veau tout juste sorti du ventre de sa mère est tout mouillé et même très gluant, si bien que, très vite, la vache le lèche pour le sécher, et c’est très important pour qu’il n’attrape pas froid. Certaines vaches, pourtant, ont si peu d’instinct maternel qu’elles ne le font pas, et quand ça arrive, c’est l’éleveur qui doit le sécher : il frotte alors le veau avec de la paille. D’autres saupoudrent du son de blé sur le veau pour inciter la vache à le lécher. Ça ne fonctionne pas à tous les coups, alors il faut en revenir au bouchon de paille. En fait, contrairement aux vaches allaitantes, les vaches laitières ont un instinct maternel généralement peu développé pour une raison fort simple : la sélection génétique.

Voilà dix mille ans que nous élevons des vaches. Pendant dix mille ans, nous avons procédé à une sélection des individus afin d’effectuer des croisements qui avantagent ce qui nous intéresse le plus. Pour les vaches à viande, nous avons privilégié le développement musculaire afin d’obtenir plus de steaks, pour les vaches à lait, nous avons choisi les plus belles mamelles afin d’obtenir plus de lait. Ainsi, de nos jours, les allaitantes – Limousines ou Charolaises, par exemple – produisent juste ce qu’il faut de lait pour leurs veaux alors que les laitières – Normandes ou Prim’Holstein – peuvent produire trente litres de lait par jour alors qu’un veau d’une semaine n’a besoin que de quatre à cinq litres pour se nourrir. En effectuant une sélection génétique, nous avons aussi privilégié certains comportements, exactement comme nous l’avons fait par ailleurs avec les chiens. Le Border Collie est un excellent chien de troupeau parce qu’au fil des siècles nous avons favorisé la reproduction des individus qui montraient les meilleurs dispositions pour l’aide au déplacement des troupeaux. La Prim’Holstein n’a pas un instinct maternel très développé car nous avons privilégié les individus qui n’essayaient pas de nous encorner quand on s’approchait de leurs petits.

Grâce à ces dix mille ans de sélection, nous pouvons aujourd’hui retirer un veau à sa mère sans nous faire encorner, et même sans qu’elle hurle pendant des jours. Il arrive qu’une vache appelle son veau. La plupart du temps, ça ne dure que quelques heures. Il arrive aussi qu’un veau appelle sa mère. Ça s’arrête toujours au moment où on lui apporte un seau ou un biberon de lait. Et en général, une fois qu’il a mangé, comme tous les bébés, il dort. Vous avez sans doute vu de ces vidéos où des vaches poussent des hurlements : dans l’immense majorité des cas, et n’importe quel éleveur pourra vous le confirmer, il s’agit de vaches en chaleur : elles n’appellent pas leur veau mais le taureau.

« Pourquoi ne laisse-t-on pas les veaux téter ? », me demanderez-vous. C’est une excellente question à laquelle il y a plusieurs réponses qui s’ajoutent. J’ai déjà partiellement répondu à cela plus haut : d’abord parce que le but d’un élevage laitier est de produire du lait, qu’il faut donc traire les vaches et qu’il est techniquement impossible de faire entrer une vache avec son veau dans une salle de traite. Quant à les séparer avant, à supposer que ça soit réalisable, ça prendrait un temps fou pour un bénéfice nul. Ensuite, parce que la vache va produire quoi qu’il arrive beaucoup plus de lait que le veau n’en boira, et si on ne la trait pas, ses mamelles pleines vont finir par lui faire très mal. Il y a encore d’autres raisons plus techniques.

Deux à trois mois avant de vêler, une vache laitière est tarie afin que toutes ses ressources soient consacrées au veau. Elle est en quelque sorte mise en congé maternité. La phase de tarissement permet également de préparer et de reposer la mamelle pour le prochain cycle de lactation. C’est une période délicate, car c’est lors du tarissement qu’une vache présente le plus de risque de développer une infection de la mamelle : une mammite. On peut procéder de différentes manières pour l’éviter. La plus courante consiste en une injection intra-mammaire préventive d’antibiotique. Non, ça ne fait pas mal à la vache. On utilise aussi souvent un obturateur de trayons pour empêcher les bactéries d’y entrer. Pour le dire plus clairement, on met un bouchon de kératine dans les trayons, et on l’ôte avant la première traite. Et ça non plus, ça n’a rien de douloureux pour la vache.

Le troupeau des taries est séparé des autres vaches. Certains éleveurs les gardent en bâtiment, d’autres leur réservent une pâture rien que pour elles. Quand une vache vêle, s’il y a un bouchon, le veau ne peut pas téter. Mais il peut y avoir bien plus grave. Si la mère appartient à l’ample catégorie des vaches peu maternelles, le veau risque d’aller en téter une autre, qui n’a pas de lait, mais qui a des antibiotiques dans la mamelle. Et un veau qui n’a pas encore eu de colostrum – donc ce dont il a besoin pour développer son système immunitaire – qui avale des antibiotiques est condamné : les antibiotiques risquent de lui détruire l’intestin, il aura la diarrhée, et la diarrhée est la première cause de mortalité chez les veaux.

Enfin, il y a encore deux raisons de séparer le veau de sa mère. La première, c’est que ça permet de désinfecter le cordon ombilical, la seconde, c’est que ça évite – car ça arrive relativement régulièrement – que la vache ne tête le cordon ombilical … et vide le veau de son sang. Oui, je sais, c’est dégoûtant, mais ça arrive.

Comme vous le voyez, si on sépare le veau de la vache, ça n’est pas parce que les élevages laitiers sont peuplés d’humains sadiques. Ça n’est pas non plus comparable au fait d’arracher un nourrisson humain des bras de sa mère, l’humain n’étant pas issu de dix mille ans de sélection génétique. En outre, il faut très peu de temps à un veau pour s’habituer à sa mère de substitution : l’éleveur, l’éleveuse ou le salarié qui a la responsabilité des soins à apporter aux veaux. D’autant que la majorité des humains réagit systématiquement de la même façon devant n’importe quel bébé de n’importe quelle espèce : on le trouve mignon, on veut lui faire des câlins – et on ne s’en prive pas – et notre propre instinct de protection s’exprime pleinement. Et le spectacle des éleveurs costauds et aguerris tout attendris devant les veaux est toujours particulièrement croquignolesque, mais ne le répétez pas trop : la plupart d’entre-eux essaie de faire croire qu’ils sont des durs et n’admettront pas en public qu’ils passent des plombes à leur faire des gouzi-gouzis.

L’ESTAFETTE DU CHARCUTIER

« Ça vient, ce petit salé ? »

Oui ! Il ne faut pas que tout ceci nous coupe l’appétit, au menu : petit salé aux lentilles…

… sauf que le congélateur est vide ! En effet j’ai pris les derniers morceaux des trois cochons transformés à la ferme il y a deux ans de cela, PIM, PAM, POUM, pour faire des nems. Alors comment faire ? Aller au supermerkat ? BEURK ! Non merci.

« Dans le cochon, tout est bon. »
Oui, mais encore faut-il qu’il soit bien élevé !

photo : XADI

Ben justement, tout à côté de chez moi, au pied du Massif des Albères, il y a un élevage qui s’est créé depuis un an. Des petits cochons roses, élevés en plein air, issus de femelles de la race large white croisée landrace et d’un mâle pietrain pure race. Des petits cochons qui poussent sur le bon terroir catalan ! Grâce aux soins de Xavier et Didier, les petits gars qui ont planté l’étendard de leur élevage sur le casot : il flotte fièrement au vent et on peut l’apercevoir de la route qui mène à la côte catalane.

L’élevage s’appelle XADI, contraction de Xavier et Didier. C’est eux qui vont me fournir de quoi faire mon petit salé.

« Ça vient, ce petit salé ?
– OUI patience !!!!! »

Les petits gars ont pris le temps, eux ! De se former à la découpe auprès de professionnels dans le Cantal, et cela durant plusieurs mois. Ajouté à leur expérience dans la restauration et à leur amour des bons produits : c’est l’équation gagnante !

« J’ai toujours adoré la viande, la charcuterie, faire la cuisine », déclare Xavier.

De leur association et leurs envies est né cet élevage. Et ce ne fut pas chose facile de trouver un site pour accueillir l’élevage : trouver le foncier, convaincre les riverains, débloquer les financements… Mais ils sont là et après les premiers essais, les produits ont pu commencer à être commercialisés !

Et tout ça, c’est du boulot !

L’abattage se fait le lundi. Les carcasses sont récupérées le mardi matin. La transformation se fait le mardi, mercredi, jeudi, vendredi matin et samedi après-midi. Et puis il y a les marchés !!

D’ailleurs zou ! Au marché pour récupérer mes morceaux pour le petit salé.

photo : XADI

Pour les trouver c’est facile, c’est l’estafette rouge et blanche. La classe, cette estafette !… Bon, sauf qu’un jour, elle a perdu une roue en allant au marché…

Mais pas cette fois : Didier est là, tout sourire, barbe bien peignée.

photo : XADI

Y a du choix. Et surtout… Du jambon ! Oui, du jambon ! Et je vous parle du vrai jambon, une recette traditionnelle datant de 1885 ! Sans additifs, sans sels nitrites ni phosphate. LE JAMBON ! Celui qui vous fait prendre conscience que tout ce que vous avez pu manger avant n’était qu’ersatz.

« Ça vient, ce petit salé ?
– Oui, oui, ça vient. »

Pour faire du bon jambon et un bon petit salé, faut des bêtes bien élevées. Et c’est tout le travail de Xavier et Didier. C’est qu’ils y sont bien soignés, ces petits cochons. Ils arrivent à l’élevage à 8 semaines, pesant 25 kilos, en provenance d’une ferme de l’Aveyron qui récolte la « semence » et l’insémine à ses femelles. Ils y grandissent jusqu’à l’âge de 10 mois. Reçoivent un mélange de céréales sans OGM de provenance française (blé, orge, colza) et un complément de fruits et légumes. À l’âge de dix mois, ils pèsent alors entre 150 et 200 kilos et sont conduits à la Catalane d’Abattage, l’abattoir de Perpignan. Ils sont alors récupérés par XADI.

Des petits cochons, une centaine pour le moment avec un objectif de 120 cochons engraissés par an à terme, bien à l’aise sur 8,5 hectares. Ils sont à 20 par enclos et bénéficient d’un parc pour grommeler, gratter, se rouler… et parfois pour s’échapper et faire une razzia sur le stock de céréales ; pour faire leurs trucs cochons quoi !

photo : XADI

Et pour s’abriter, de belle cabanes en bois. Dont le toit est assemblé selon une méthode japonaise ancestrale. Les planches en pin sont brûlées juste ce qu’il faut pour former une croûte, qui est ensuite grattée. Les planches rendues ainsi imperméables sont ensuite assemblées en toit.

 

« Ça vient, ce petit salé ?
– OUI, ça vient ! »

Bon, je vous laisse, je prends mon panier et je rentre pour faire mijoter ce petit salé !

photo : XADI

Tout de même, elle a de la gueule l’estafette du charcutier !

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