Catégorie : Caprins

ERREUR DE PARCOURS

Vous connaissez l’expression « chercher une aiguille dans une meule de foin » ? Eh bien, il y a aussi « chercher une chevrette sur 100 hectares de bruyères échevelées ».

« Vers l’infini, et au-delà ! »

Mes filles, les chevrettes qui sont destinées à intégrer le troupeau de laitières – Paula, Paupiette, Patou, Picolina, Pastaga et Chaussette – se sont perdues ce matin.

Je vous raconte.

Mes chevriers nous élèvent sur un massif situé dans le sud de la France : le massif des Albères. Ils nous élèvent selon ce qu’on appelle un modèle extensif, c’est à dire que nous avons de l’espace pour parcourir, pour manger et nous promener. Ils travaillent selon un système pastoral (vous en apprenez des choses, dites donc !) en nous promenant de parcelle en parcelle, afin d’aller manger la végétation qui apportera suffisamment d’énergie pour faire du lait et aussi dans le but de débroussailler et, ainsi, limiter les risques d’incendie.

On oppose le modèle extensif au modèle hors-sol, dans lequel les animaux ne sortent pas du bâtiment. Entre ces deux modèles, il y a tout un tas de modèles d’élevage possibles : des animaux qui restent en stabulation, d’autres qui sont dans des prés, d’autres encore qui sortent au printemps et qui restent en bâtiment l’hiver, de gros élevages de plusieurs centaines de bêtes, des petits élevages… Certains produisent leur foin et leurs céréales, d’autres pas, soit parce qu’ils n’ont pas les terres ou le matériel pour le faire, ou alors parce que le terrain est trop accidenté. Certains élevages n’ont pas la possibilité de sortir les animaux parce qu’ils ne disposent que d’une petite surface.

« On veut sortir !!! »

Bref chacun fait comme il peut plus que comme il veut !

Nous, notre chèvrerie est en plein massif forestier. En pleine suberaie (forêt de chênes-lièges). Mmmm ! C’est bon la suberaie ! Surtout à l’automne quand il y a plein de glands qui tombent des chênes ! Mais les chevriers ne veulent pas qu’on en mange trop parce que ça nous fait mal au ventre.

La suberaie au printemps, c’est bon aussi ! Lavande, salsepareille, genêt… Et il y a plein de bruyères ! Plein partout ! Même que parfois, seuls les sangliers peuvent les traverser, tant elles sont emmêlées et échevelées. Et un deux pattes, parfois, ne peut pas les traverser.

Bref, mes filles ont quatre mois. Elles sont sevrées et en plus du foin et des céréales, elles doivent apprendre à manger dehors. Mes chevriers, pour commencer, les sortent comme une récréation : une heure autour de la chèvrerie pour découvrir. Mes filles font plus de cabrioles qu’elles ne mangent. Dès la deuxième sortie, elles grignotent les toupets des bruyères arborescentes, puis elles goûtent aux feuilles de chênes : chênes verts et chênes pédonculés, mais pas encore aux chênes kermès trop ligneux pour leurs petites dents. Elles ne s’éloignent pas du chevrier, car elles sont craintives et peuvent s’effrayer d’un oiseau qui se pose à proximité !

Fin juin, cela fait plusieurs semaines que les chevrettes sont en apprentissage du parcours. Elles sont maintenant incorporées au reste du troupeau pour la balade-repas. Et ce n’est pas simple, car les chèvres adultes ne voient pas d’un œil bienveillant ces nouvelles qui viennent grignoter LEURS ARBUSTES. Alors les chèvres adultes les tapent et les chevrettes se retrouvent en queue de peloton, car en parcours, les dominantes conduisent et ouvrent la marche et ne tolèrent pas qu’une jeunette passe devant.

« À la queue, comme tout le monde ! »

Et aujourd’hui : accident de parcours !

Mes chevriers n’ont pas vu que les chevrettes avaient quitté le peloton de queue et la piste pour aller s’enfoncer dans la bruyère.

C’était l’heure de rentrer en bâtiment et le troupeau arpentait la piste qui y conduit sous la chaleur et un soleil qui darde. Les grandes sont habituées. Elles ont chaud et soufflent, mais sont habituées.
Les chevrettes, non. Elles n’ont pas l’habitude. Elles ont moins de ressources et fatiguent plus vite.
Alors mes filles ont trouvé judicieux de décrocher de la piste pour aller chercher la fraîcheur sous les bruyères. Discrètement. Sans bruit. Sans attirer l’attention du chevrier ou du chien.

Au moment de rentrer le troupeau, ce fut une évidence : Paula, Chaussette, Pastaga, Paupiette, Patou et Picolina avaient disparu.

ça tape dur !

13 h : 35°. Soleil de plomb.

Couple de buses, renards, blaireaux et chiens errants ne permettent pas que les filles passent la nuit dehors. Et la chaleur et la déshydratation non plus.

Ni une ni deux : il fallait partir à leur recherche .

Le chien fut d’un piètre secours : accablé par la chaleur qu’il était, il préféra s’allonger au frais et à l’ombre, donc les deux chevriers ne devait compter que sur eux-mêmes.

ah ! la pôv’ bête !

Il est arrivé par le passé qu’un chevreau échappé du parc suive les chèvres et s’égare : il n’a jamais été retrouvé. Là, il fallait les retrouver avant la nuit. Or les chevrettes – était-ce l’instinct de protection ? était-ce la fatigue et la chaleur ? – ne répondaient pas aux appels. Aux « bébés », « bilibili » et au bruit familier des céréales agitées dans le seau qui les fait accourir à toute vitesse d’ordinaire.

Le soleil mord la peau. La chaleur est accablante. Les bruyères sont hostiles et les ronces sont hargneuses. Le temps passe.

Les chevriers vont renoncer quand, soudain, une buse plane en décrivant un cercle.

LE TALWEG EN CONTREBAS ! Zou !

Tant pis pour les bras griffés par les branches. Il faut s’enfoncer au milieu des bruyères, au fond, au frais, à l’ombre : elles sont là ! Elles entendent et répondent aux appels ! Elles finissent par se lever et cheminer vers les voix familières. Enfin !

Paula, Paupiette, Pastaga, Patou, Picolina et Chaussettes rentrent au bercail.

Il faut fêter ça : eau fraîche et minéraux pour elles et bière bien fraîche pour les chevriers !

Erreur de parcours qui finit bien, grâce à l’intervention et au courage des deux chevriers, qui n’ont pas ménagé leur temps et leur peine pour retrouver les quelques fuyardes. Encore des éleveurs peu soucieux de leurs animaux, sans doute !

CONTRÔLE !

Le lundi c’est contrôle. Le contrôleur vient… contrôler.

Oh ! il ne s’agit pas de ces contrôleurs qu’on donne aux chiens et dont les restes finissent aux sangliers, non.
Il s’agit du contrôleur laitier, celui avec qui on commence par boire un café. Celui qui joue avec le chien et qui vous aide aux mouvements de troupeau entre deux lots de chèvres à traire. Celui qui connaît le nom de vos chèvres et qui flatte la cuisse (de la chèvre, what did you expect?) en guise de présentation avant de brancher une chèvre. Le contrôleur sympa, quoi.

Le contrôle laitier, c’est ce qu’on appelle un syndicat de performance. Cékoidon ?
C’est un appui technique à adhésion facultative. Il n’est pas obligatoire. Il est là pour aider et conseiller l’éleveur. Les résultats du contrôle laitier servent de feuille de route pour ensuite aider l’éleveur dans les calculs de rations et pour la sélection génétique.

En effet, pour faire du bon lait (et pour ce qui nous concerne, du bon fromage), il faut un lait avec de bons taux de matière grasse et de protéines. Et cela dépendra d’une part de l’alimentation du troupeau, d’autre part des caractères génétiques de l’animal. Alors, le contrôle laitier permet d’adapter les apports en foin et céréales de la ration en fonction du litrage et des taux. Et puis cela permet aussi d’améliorer vos taux ( Ça va ? J’ai perdu personne en route ?) .
Comment qu’on fait donc M’dame pour améliorer les taux ?
Rien à voir avec la bourse… Quoique… Les bourses du bouc ont un rôle à jouer.
Par exemple, en ce moment, c’est sec sur les parcours. Pas d’herbe et les biks sucent des cailloux (sans contrepèterie). Alors le taux de matière grasse chute. Et ça, c’est embêtant parce que le client, il veut du gras dans son fromage ! Du moelleux, de l’onctueux, de la tendresse bordel !

Alors, pour compenser le phénomène (qui est aussi naturel chez la chèvre en cette période, afin de sevrer les chevreaux et de coller au stade physiologique de la lactation, mais qui est emmerdant pour fromager : ben oui, les clients on veut pas les sevrer , on veut les rendre addict !) Euh… Où en étais-je ?

Ouï ! Afin de compenser le phénomène d’inversion de taux, il suffit de donner 50 grammes de graines de tournesol par chèvre et par jour, et le lait retrouve un peu de gras !
Et bien ça, je l’ai appris avec le contrôleur laitier !

Et… Pssssssst… Approchez… Je vous livre un secret…
Non seulement le contrôleur est un ancien éleveur caprin fromager, mais c’est aussi MON ANCIEN MAÎTRE DE STAGE. Alors, il me donne des conseils pour fromager ! Et pour améliorer les taux ! Et là, on en vient à la bourse : on fait appel au bouc ! Ben oui, la génétique quoi ! La bonne graine qui donnera la bonne chevrette issue de la bonne mère. Donc, on adapte le bouc. Mes guerriers, Hercule Bouc, Jedi et Orion, ont une bonne génétique et engendrent de bonnes fifilles.

Hercule Bouc ? Les cordons de la bourse : ça te parle ?
Le contrôleur laitier est aussi celui qui passe dans tous les élevages laitiers. Celui qui fait lien. Celui qui vous donne la température de la filière :
« Tiens je suis passé chez trucmuche, tu savais que… »
« Tiens je t’ai trouvé quelqu’un pour placer ton bouc… »
Ce matin, entre le café et la madeleine, le contrôleur m’a donné des nouvelles du front. Et les nouvelles ne sont pas bonnes !

On savait qu’il n’y avait plus de pognon nulle part et surtout pas chez les éleveurs.
Mais là, le Conseil Général et la Région coupent les vivres et ce sont les syndicats de perf’ qui sont les premiers touchés.
Ainsi, on ne sait pas si le poste de contrôleur laitier pourra être maintenu, faute de subventions du CG. Le CG va aussi couper les vivres aux syndicats professionnels tels « la Rosée des Pyrénées », « l’Association foncière pastorale » , « les syndicats de travaux » : des organismes qui soutenaient les éleveurs et leurs filières.
Une fois de plus, le constat est le même : l’élevage paysan du pourtour méditerranéen ne fait pas partie des priorités et les filières seront encore un peu plus abandonnées.

Ah ! Oui ! Il y en a pour qui cela ne va pas si mal : les éleveurs bovins allaitants qui ont bloqué la plupart des terres des communaux, pouvant ainsi déclarer le maximum de surfaces pour toucher les primes et empêchant toute nouvelle installation agricole dans le département…
Lors de l’assemblée générale , roiiiii , y en avait de beaux pick-up flambants neufs et qui sucent du gasoil ! Fini les C15 !
Qu’ils en profitent : bientôt la réforme de la PAC 2020 et ce sera tout le monde en limousine. Euh, je parle des vaches ! Des vaches pour tracter les Nissan Navara que les éleveurs ne pourront plus faire rouler.

Voilà. Le contrôleur laitier sert à tout ça !
Là, il part au Maroc. Il y a trois ans, il a aidé une fromagerie à se créer près de Fès. C’est marrant de l’écouter me raconter comment ça se passe la bas : le lait est pasteurisé à cause de la brucellose, pas d’identification des chèvres, des caves d’affinage à 5°C alors qu’un fromage s’affine au-dessus de 12°C, pas de culture du fromage affiné, tout se vend frais…

Bref, c’est sympa le contrôle.
Le contrôleur laitier c’est le seul à qui les chiens font la fête ! C’est un signe, non ?

MAURICE EST AMOUREUX

Bon, on va essayer de rester classe… car le règne animal manque parfois un peu de romantisme… murf…

un peu, beaucoup, à la folie… CROUNCH !

Maurice est amoureux. C’est la première fois que cela lui arrive. Âgé de 8 mois, il est en effervescence. Ça y est, il a du poil au menton et les attributs d’un jeune mâle – je parle des cornes. Mais qu’elles sont ridicules, en comparaison de celles de ses rivaux Hercule et Jedi… Il ressent des choses étranges, ça bouillonne en lui, un volcan prêt à l’éruption. Et l’odeur enivrante des femelles… Ses copines de case ne sentent rien encore, des pucelles. Les matrones, elles, embaument l’air. Maurice veut leur compter fleurette.

Mais dès qu’il tente une approche, fleur au fusil… BOUM ! Un choc d’une violence inouïe ! Les gros mâles l’envoient à plusieurs mètres avec une tamponnade à l’énergie décuplée. Et zou ! Maurice choit lamentablement dans les bruyères. Il se relève et va chercher protection dans les jambes de la patronne qui lève son bâton menaçant sur les gros mâles souhaitant en découdre avec le pauvre cadet éconduit.

« Allez, Maurice ! Courage ! Sois conquérant ! »

Une grattouille, une tape amicale sur la croupe et Maurice reprend confiance. Il repart museau au vent. Les gros mâles sont occupés à se battre. Ils se bataillent Idylle. Idylle, c’est le nom de cette femelle âgée de 4 ans. Mmmmmmh ! elle est belle ! Vite, vite ! Présentations rapides, deux coups de langue, une valse, puis Maurice se campe sur ses pattes arrières, trois coups de moulinet et HOP ! Idylle est ferrée !

« Mmmmbeuhhh, mbawwww ! »

Jedi s’est rendu compte que son freluquet de rival s’est glissé en douce dans son harem et arrive museau fumant ! Maurice détale et arrive à échapper au courroux de son aîné en se faufilant entre les buissons. Il fait profil bas… bon… 1 minute, guère plus. Le temps de recharger et il repart au front.

Pénétrer les lignes ennemies en rasant le sol. Le long des tranchées cheminer. Armer son fusil. Et prendre d’assaut la forteresse Hermès.
« Banzaiiiiiiii ! »

VLAOUMMM !……….. ça, c’est le bruit que fait un Maurice qui vole pour atterrir sur un tronc de chêne liège centenaire après avoir été éconduit par Hermès qui dégoise : « Casse toi ! Tu pues pas suffisamment le bouc ! Petit merdeux, reviens lorsque tu auras du poil aux jarrets ! »

La patronne dépitée, décide de jouer l’entremetteuse, façon AdopteUnBouc.com.
Il y a Lilith, petite femelle de 1 an qui remue la queue et que Jedi et Hercule ne daignent même pas renifler.
« Lilith, je te présente Maurice. Maurice, je te présente Lilith. Par les pouvoirs qui me sont conférés, je vous déclare… euh… bon, ben puisque Maurice, tu as déjà commencé… vous pouvez consommer la mariée. »

HERCULE ET LE COMMERCIAL

Photo illustration par Aurich Lawson

Souhaitant améliorer quelque peu la production laitière de mes donzelles et afin de répondre à la demande en fromage (oui, la rançon de la gloire… que voulez-vous !), je me dis qu’il serait peut-être bon de revoir la ration des biques.

Je sors de mon portefeuille une carte de visite : c’est celle d’un commercial en alimentation animale. Il travaille pour la centrale Artemis, boîte de Pandore qui a tout un tas de dépôts dans nos campagnes profondes.

« Allô , Monsieur Almagouille ? C’est la patronne.
– Oui, bonjour Madame Patronne.
– Pouvons-nous nous voir ? J’aurais voulu en savoir plus sur vos produits. Demain 14 h 30 ?
– Oui ! Pas de problème pour demain 15 h 30 ! »

Arrive le bonshomme. Après les convenances d’accueil, nous nous attablons. M. Almagouille ouvre le catalogue. Y a un de ces machins pour stocker les céréales 😍
« Té ! c’est bien ce truc ! Cela m’éviterait de me rendre toutes les semaines au dépôt à munitions du colonel Trautman (bon pour ceux qui arrivent : c’est ainsi que je nomme le gérant de Gamm Vert… suivez, un peu, quoi !)
– Ah ! le silo Wonder Expert Pro 3000 ! La Rolls du stockage à grain !!!!🎻🎻🎻 Le silo est offert si vous vous engagez à prendre durant 5 ans le mélange TurboBik.
– Cékoidon ?
– Avec TurboBik, vous allez cartonner au contrôle laitier, ma p’tite dame. »

Je vous ai déjà dit combien « ma p’tite dame » me faisait me transformer en truc fumant ?… bref…

« Justement, ma p’tite dame, j’en ai apporté un échantillon. »

Almagouille enfile une paire de gants et ouvre un sachet. Il en verse le contenu sur la table. En fait, sur la palette posée sur des rondins et qui fait office de… ouais, on s’en fout… Mais bon, ça a son importance quand même, vous allez voir.
Des boules, ou plutôt des granulés multicolores… c’est joli. On a presque envie de les monter en collier.

« Et vous dites qu’elles vont pisser le lait, avec ça ?
– Ouiiii ! Je veux. Et les accessoires sont fournis avec.
– Quels accessoires ?
– Tout d’abord, les réducteurs de pression.
– ???????
– Eh oui ! c’est que… lorsque vous allez tirer le lait… ça va sortir à 16 bars !
– DIDIOU !!!!! Quand même !
– Et puis y a aussi les injections.
– ???????
– … Ben, à cause des hormones, faut les calmer. Par contre, n’oubliez surtout pas une dose !
– ???????
– … Oui surtout les soirs de pleine lune… Enfermez-les. C’est mieux. À cause du syndrome de manque… Vos cornadis, c’est des cornadis à veaux ?
– Oui.
– Ah, c’est bien ça… parce qu’elles vont prendre de l’encolure !
– Beaucoup ?
– Fouille ! Non, à peine. Et aussi, faites gaffe que les boucs ne mangent pas la ration des femelles.
– ???????
– Oui, la moustache leur pousse et ils se mettent à chanter du Village People.
– J’suis plus très sûre…
– Ah si !!!! Ça va leur donner un beau poil. Brillant ! Surtout la nuit ! Et sinon… le fumier, vous en faites quoi ?
– ??????
– C’est parce qu’on peut vous l’enlever ! On peut le recycler pour AREVA. Ah ! J’allais oublier !!!! Plus besoin de débroussailler : avec les vitamines, elles vous couchent un chêne liège centenaire en 5 minutes.
– C’est à cause de cette poudre blanche, là ? C’est quoi ? de l’argile ?
– Mmmmm non… pas tout à fait… un truc stimulant.
– Elles le lèchent ?
– Non, vous le mettez dans la gouttière, là, comme ça, et elles le sniffent. Laissez-moi vous parlez de…
– Vous vendez pas de croquettes pour chien, vous ?
– ??????
– Parce que Cerbère et Méphistophelès ont comme… la dalle ! Alors, je vous laisse, disons, 200 mètres d’ avance ? Et n’oubliez pas votre poudre (qui a troué la palette), ça va vous aider pour courir. Vite… très vite ! 😈 »

« Allez, les filles, on va goûter ! Y a des glands, de la salsepareille, du fragon, de l’asparagus, du laurier, des noisettes. On fera moins de lait… mais du bon ! »

PIERCING

Conversation entre la patronne et Hercule Bouc, sur l’utilité des décorations d’oreilles :

« Quoi, Hercule ? Pourquoi me regardes-tu avec tant d’insistance ?
– Je regarde tes oreilles.
– ?????
– Toi aussi, tu as des boucles auriculaires !
– Oui, certes ! Ce ne sont pas tout à fait les mêmes.
– Y a rien d’écrit sur les tiennes ?
– Non pas besoin. Moi, à la place, j’ai une carte d’identité, un papier qui témoigne que je suis bien moi !
– Et pourquoi j’en ai pas, moi, de papier ?
– Ben si… Tu en as des papiers, puisque tu es un bouc issu d’IA.
– ?????????
– Ta maman, ben… Comment dire… a reçu des paillettes. Des paillettes de bouc que l’inséminateur a placé dans la matrice de ta mère. Ton père est un bouc extraordinaire qui a permis que tu existes ! Et je me réjouis d’avoir un si beau bouc, si gentil et costaud.
– Je veux mes papiers !
– Non. Tu vas les bouffer !
– Murf.
– En attendant, il est temps de mettre les boucles électroniques à tes filles : Madeleine, Maella, Mal de Cap, Mafalda, Marguerite et Mechoui.
– Pourquoi ?
– Moi, je les reconnais, mais les autres, non ! Si le vétérinaire départemental vient, elles doivent être bouclées. C’est obligatoire ! Et sur les boucles, il y a mon numéro d’éleveur en plus du numéro millésime de la chèvre. Ce numéro leur est attribué à vie et permet de savoir qui elles sont, d’où elles viennent et quel âge elles ont. Si une boucle est perdue, en attendant d’en recevoir une autre via le GDS (groupement de défense sanitaire), on doit poser une boucle provisoire de couleur rouge sur laquelle on transcrit au marqueur indélébile les numéros d’identification et d’éleveur.
– Uhhhhh ! C’est désagréable !
– T’inquiète ! Je fais vite et bien, et tes filles ne seront pas plus incommodées que cela. En plus, je fais ça avec une pince propre et je désinfecte avant ! Et puis regarde : moi aussi, j’en ai et j’ai pas pleuré ! »

🎼🎶PROM’NONS-NOUS DANS LES BOIS🎵🎶

🎼🎶 Prom’nons-nous dans les bois, pendant que le loup ‘y est pas… 🎵🎶

… Pas de loup dans les Pyrénées Orientales. Mais parfois des chiens errants. Alors, suite à des charges et morsures de chiens sur les chèvres, les protecteurs Gnocchi et Laika, des bergers yougoslaves, appelés aussi Charplaninacs, nous suivent en promenade. Un mâle, Gnocchi, âgé de 5 ans, et une femelle, Laika, âgée de 6 ans.
120 kilos de patous à eux deux.

Le patou est le gardien de troupeau. Par extension, il désigne aussi le chien de la race Montagne des Pyrénées.
Ces protecteurs sont des molossoïdes, des chiens de fort gabarit avec un museau typique de cette morphologie, et surtout une prédisposition innée à la garde et la protection.
Ils vont se poster en éclaireur ou en hauteur pour surveiller les abords. S’ils sont plusieurs, ils vont se répartir les tâches et les plus jeunes calquent leurs attitudes sur les plus expérimentés.

Certaines races se fondent dans le troupeau et en sortiront si il y a une menace. D’autres sont plus dans la garde active : c’est le cas du Charplaninac.

Je ne vais pas entrer dans un descriptif des différentes races de protecteurs car je n’en ai pas la compétence.
Juste un clin d’œil à ces partenaires de l’ombre qui permettent de pouvoir être serein.
Leur voix de stentor signale leur présence aux intrus et… cela peut être source de gêne pour le voisinage. Mais elle suffit aussi à tenir éloignés les chiens errants.
Leur marquage olfactif… leur pipi et popo… donne un message clair aux renards, blaireaux et chiens : attention, tu entres sur mon territoire ! Et le Charpla a une notion vaste du territoire ! Cela ne se cantonne pas à l’enclos (dont il se fiche). S’il estime devoir défendre au-delà, il franchira le grillage… ou le défoncera !

Ensuite, ils vont neutraliser l’intrus. C’est-à-dire qu’ils vont l’empêcher de bouger (alors qu’un Montagne des Pyrénées l’éloignera dans la majorité des cas).
Bon, s’il s’agit d’un canidé (renard ou chien), il y aura pertes et fracas. Si c’est un humain, il fera du pressing pour qu’il s’en aille.

… C’est que c’est impressionnant, les patous ! Et il faut garder son sang-froid pour ne pas exacerber l’agressivité du ou des chiens.
Des cas de morsures sont parfois rapportés par les médias. Mais il s’agit de comprendre ce qui a pu conduire à l’accident.

Tout d’abord, à l’entrée d’une ferme ou en randonnée en montagne, si la présence des chiens est signalée, prenez soin de respecter la signalétique et n’entrez pas sur le territoire en l’absence du maître des chiens.
Si vous êtes à proximité d’un troupeau, éloignez-vous le plus possible et surtout, ne traversez jamais le troupeau !

Face à un chien menaçant, reculez sans agitation et éloignez-vous sans crier. Lancez calmement un « file aux brebis ! », « file aux biquettes ! », « file aux vaches ! » Placez votre sac à dos entre vous et le Patou. Mais parfois…
Le mieux est de scrupuleusement respecter les panneaux et anticiper en s’éloignant quand on entend les aboiements… car les chiens détectent votre présence bien avant que vous soyez près du troupeau ! Alors prenez au plus large !

Les accidents surviennent lorsqu’il y a mépris de ces consignes.

Faire garder son troupeau ou ses bâtiments agricoles reste une nécessité pour l’éleveur. Je n’entrerai pas ici dans des considérations sur le loup, n’étant pas exposée. J’y consacrerai un écrit ultérieurement.
Le plus gros prédateur, hormis les chiens errants, reste l’humain ! Les vols dans les exploitations sont faits courants : matériel agricole, carburant, denrées, véhicules et bétail !
Parfois des saligauds prélèvent la viande sur pied en laissant la carcasse dans la pâture. Immonde !

Les bibiks ont déjà été mordues par des chiens errants et je me réjouis que nous ayons été là, avec le troupeau, à chaque attaque. Cela a minimisé la casse. Bon, il y a eu quelques dommages chez les assaillants… mais voilà : « pas touche aux bibiks ! » Merci les poilus !
Allez ! c’est l’heure de la gamelle !

Prom’nons-nous dans les bois… 🎵🎶

Randonneurs et promeneurs, pour une meilleure prévention, vous pouvez télécharger la bande dessinée de la Pastorale Pyrénéenne en cliquant sur l’image ci-dessus ou depuis leur site : www.pastoralepyreneenne.fr

 

« QUE TU AS DE GRANDES CORNES, HERCULE ! »

Maurice, petit bouc âgé de 6 mois, regarde, quelque peu envieux, les cornes de son aîné Hercule :
« Comme elles sont grandes tes cornes, Hercule ! Dis, j’en aurai des comme les tiennes un jour ?
– Attends d’avoir du poil au menton gamin.
– À quoi ça sert ? Est ce que ça pousse vite ?
– Patroooooone ! Explique-lui, au petit jeune ! Murf.
– Allez, p’tit cadet !… Les tiennes sont encore modestes, mais tu n’as que 6 mois et elles vont pousser, pousser, pousser !

Ça  peut paraître un peu étrange à rappeler, mais les chèvres sont des animaux à cornes… comme les vaches d’ailleurs… quoiqu’à y regarder de plus près, cette évidence ne semble pas aller de soi ! Pourquoi existe-t-il des chèvres sans cornes ? Naissent-elles sans cornes ?

Chez nous, tout le monde est cornu. Et les chèvres ont naturellement des cornes, plus ou moins imposantes selon les races. À la naissance, on ne sent qu’une bosse.

Mais certaines chèvres naissent sans cornes (on dit alors qu’elles sont mottes), mais la grande majorité de leurs congénères les portent fièrement sur la tête.

Les cornes sont toujours paires, mais pas toujours totalement symétriques. Elles sont constituées d’une cheville osseuse recouverte de kératine. Elles semblent pousser toute la vie de l’animal, dès sa naissance.

Les cornes poussent plus vite chez le petit bouc que chez la femelle.

Mais pourquoi les chèvres ont-elles des cornes ?

Les cornes servent principalement à se défendre ou à assurer au mâle sa suprématie sur son harem, ce qui explique que les cornes sont plus grandes et plus majestueuses chez le bouc que chez la chèvre.

Accessoirement elle servent aussi à se gratter… ce qui à l’air bien pratique ma foi !

Alors pourquoi pouvons-nous voir des élevages sans cornes ? Certains éleveurs font le choix d’écorner pour éviter les luttes. Cela se fait avec des pâtes à écorner ou un fer.

Est-ce que ça fait mal ?
Il faut que le geste soit maîtrisé et il faut le faire au bon moment, avant que la corne n’affleure. Certes, le geste peut paraître impressionnant et cela n’est pas des plus agréable pour la jeune chevrette.
Une brève douleur est ressentie par l’animal. Il faut ensuite surveiller l’évolution les jours qui suivent.

Pourquoi le faire ?????
Mes chèvres sont toutes cornues, c’était un choix.
Lorsque je suis allée chercher mes chevrettes chez un collègue éleveur, un vieux briscard, il m’a dit : « Si tu n’écornes pas, tu signes pour en ch*** ! »
« Bah ! me suis-je dis. Avec une centaine d’hectares, elles n’auront aucune raison de se battre ! »
Sauf que… c’était mal connaître la propension naturelle de la chèvre alpine chamoisée à établir une hiérarchie !
Cinq années, quelques agrafeuses, quelques chèvres abîmées et une note salée de soins vétérinaires plus tard, je révise ma copie et fais le choix d’écorner la génération à venir.

Mon troupeau est composé de chèvres alpines chamoisées. C’est une race plutôt pêchue en caractère. Qui plus est, la chèvre est un animal hiérarchique. C’est à dire qu’il y a des dominantes et des dominées. Et puis parfois… des coups de Trafalgar, des règlements de comptes… des p’tits coups de pu*** !…
Et ça ne rigole pas ! Et puis les hormones pendant les chaleurs ou la fin de gestation, les fortes chaleurs de la période estivale qui renforcent la concurrence sur les parcours secs du pourtour méditerranéen… Autant de périodes qui augmentent l’irritabilité et donc la fréquence des combats.

Coups dans la mamelle, patte cassée, côte cassée, éventration, avortement, hémorragie…
L’issue est parfois funeste.

Alors plutôt que de pleurer la mort d’une chèvre, comme ce fut le cas ce vendredi avec la mort de Heineken qui a eu la cage thoracique défoncée par Inès alors qu’elle étaient dans la bergerie, je me dis qu’un écornage vaut mieux qu’une fin tragique.

Et que celui qui veut m’affubler de noms d’oiseaux vienne lui-même poser les agrafes !

Pour ce qui sera de la cohabitation des chèvres écornées avec les cornues, elles auront des parcs distincts et les chèvres écornées refusant le combat d’emblée, elles seront dominées.

Pour ce qui est de l’esthétique « Oui, mais c’est tellement plus beau avec les cornes ! », une chèvre avec toutes ses pattes, ses deux pis et le cuir intact, c’est mieux qu’une reine de podium.

« Quant à toi petit Maurice, je te conseille de garder tes distances avec Hercule et Jedi quand la période des amours arrivera, car vu ton gabarit… tu vas voler ! »

MEURTRE DANS LA VALLÉE SOMBRE

Il est temps d’endosser la capeline de tweed , d’affûter ses sens et de partir sur les traces de la tueuse du Val Morena….
Le ciel s’assombrit et disparaît, caché par les épais nuages noirs. L’air vibre sous les coups de semonce du tonnerre. L’orage descend du Vallespir pour venir déverser son courroux sur les Alberes.

Un cri déchire le début de soirée. Je lâche ma louche (ben oui une louche… normal, pour une fromagère), cours et jaillit de la fromagerie telle un cyclone : « Woiiii ! Qui c’est qui tape ! CARALHO !!!! »

Le troupeau se disperse et va se coller contre les murs de l’aire paillée. Reste Heineken, penchée en avant, sur les jointures de ses pattes antérieures pliées. Elle souffle, sa respiration s’emballe et elle tremble.

Je saute par dessus le cornadis et vais m’agenouiller près d’elle.

Trois chèvre, Herbicide, Héloïse et Iris, s’approchent pour venir renifler l’odeur de la peur. Je les chasse et elles retournent se coller au reste du troupeau. Elles savent que la patronne fulmine.

« Heineken, ma chérie, que t’ont-elles fait, ces pouffiasses ? »

La pauvre bête a le flanc droit défoncé. Les côtes ont cédé sous le coup. Au moins trois côtes. Le cœur affleure et je peux voir le rythme cardiaque dessiner des vagues sous le cuir abîmé. Noms de dieux, les pu***!

Heineken ne s’en sortira pas.

Seule une chèvre d’un gros gabarit peut faire ça. En aucun cas Héloïse avec ses 60 kilos, ni Herbicide si placide. Iris ???? 80 kilos et des velléités à devenir matrone ????

Il faut dire que depuis que Hongrie grosse tête n’est plus, le trône de la reine est à prendre.
Et elles sont sept à lorgner sur la couronne : Iris, Inès, Guaguane, Gougoute, Hortensia, Hooligan et Hélène.

Je sors Heineken de l’aire paillée. Et inspecte les biks.

Guaguane, collée à la porte, me regarde, effarouchée. Je l’ inspecte. Pas de trace de sang sur les cornes.
Iris rumine. Et puis malgré ses 80 kilos, elle est encore trop jeune pour régenter. Reste Hortensia, Gougoute, Iris, Hooligan, Hélène et Inès.

Hortensia. Comme à l’accoutumée, elle s’approche pour me lécher le bras (sûrement à cause du sel contenu dans la sueur). Je lui gratte l’entre-cornes et lâche « je sais que c’est pas toi. » Pourquoi ? Parce que ! Hortensia n’a jamais été dans les coups fumeux. Bien qu’elle fasse partie des plus vieilles et des plus grosses, elle capitule vite lors des luttes.

Hooligan ? Avec un nom pareil ? Oui… mais non. Pourquoi ? C’est la sœur de Heineken ! Et il n’y à jamais de lutte à mort entre sœurs ! De mémoire de chevrière, je n’ai jamais vu des sœurs se battre. Par contre s’allier pour en défoncer une autre, oui.

Gougoute. Une chèvre qui ne pense qu’à se remplir la panse. Pas le profil. C’est une grosse bik trop lourde pour donner un tel assaut…

Il s’agit donc d’une grosse chèvre, 70-80 kilos, qui a suffisamment d’agilité pour prendre de l’élan, se lever sur ses pattes arrières et plonger pour défoncer sa victime…

Hélène, Miss coup de pu*** ?????? Toujours dans les coups bas. Hélène ????? Elle boite depuis quelques jours. Depuis que…

BON SANG ! MAIS C’EST BIEN SÛR ! ÉLÉMENTAIRE MON CHER WATSON : INÈS.

INES à tamponné l’arrière-train d’Hélène alors qu’ elle était au cornadis !

Je relis les notes sur le dossier de Inès :

  • 80 kilos
  • n’a pas eu de gestation cette saison
  • n’est pas lestée par des pis pleins de lait
  • haute sur pattes et agile comme une gazelle

Je vérifie son casier…
Woiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii.
Multirécidiviste :

  • coup fatal à Ingrid
  • suspectée dans la mort de Herta, morte d’une hémorragie interne suite à une tamponnade
  • a cassé la patte avant de Ibou
  • a crevé la mamelle de Hollande

Je m’approche de Inès, qui file sous la passerelle du quai de traite. La saisit. Du sang sur la corne. Te voilà démasquée !

Je lui passe la corde au cou et la sors de l’enclos. Je la place en case de détention. Seule.

Je charge Heineken dans la remorque. Pauvrette, elle succombera à sa blessure.

Vous trouvez toujours les chèvres aussi choupinettes ?

Moi oui. Mais je fais le choix d’écorner la génération à venir. Et tant pis pour ceux qui s’exclament « Ohhhhh ! c’est cruel d’écorner !!!!! », ils ne savent pas ce que c’est que de gérer les blessures liées aux conflits de hiérarchie.

… Tiens ! Pendant que j’écris, passe à la radio le titre des Who, générique des « Experts à Miami » !!!! Vrai de vrai !!!!!…

Je pense à Maella et Mal de Cap, les filles d’Heineken, petite fille de Guinness. Digne relève.

La tueuse du Val Morena est sous les écrous. Et l’enquête est close .

COMPASSION ANIMALE 1 – RENTABILITÉ 0

Lorsque la patronne attelle la remorque-bétaillère au tank, ça n’est jamais bon signe. Les copines qui y montent… ne reviennent pas.

J’observe la patronne depuis quelques jours : elle s’agite, plaque la paume de sa main sur le front et se frotte.

« Trop de bêtes, pas assez de place, blablabla. »

Elle a téléphoné pour dire que : « Huit seraient du convoi. » C’était la semaine dernière. Puis elle a téléphoné à nouveau il y a quatre jours :

« Finalement, six seulement. »

Six quoi ?

Ce matin, elle est de nouveau agitée. V’là qu’elle arpente la bergerie de long en large. Elle marmonne :

« Non pas Inès, pas Nenès… Non ! »

En début d’après-midi, re-téléphone : « Quatre seulement. »

Elle attelle la remorque et se dirige vers le parc. Revient avec Harlem (je l’aime bien avec ses pis comme des cacahuètes, la patronne l’appelle « la mère pisse trois gouttes »), Hermès (estropiée par un renard, elle n’ a qu’une seule mamelle, mais qu’elle est belle avec ses pampilles !), Hooligan (quelle peau de vache celle-ci ! Et quel mauvais goût ! Elle n’a d’yeux que pour ce dadet de Hélios) et Rebecca (demi-portion de chèvre qui ressemble à une chèvre naine qui aurait rétréci au lavage).

Patronne reste plantée là avec les copines autour d’elle. Que peut elle attendre ainsi ?

« Peux pas… Peux pas… »

Finalement elle décroche la remorque et téléphone une nouvelle fois :

« Salut. Finalement, pas de réforme. M’attends pas, charge. À plus. »

Patronne gratte le front de Hermès et lui dit :

« Casse-toi, pelle à tarte ! Et MERCI ? Ça t’écorcherait le gosier ? DE RIEN, espèce de carnes ! Je le paierai. Ou pas. Rentabilité de mes fesses ! »

COMMENT ON FAIT LES BÉBÉS ?

« Dis Hercule : comment on fait les bébés ?

– Dis-donc , tu n’as pas encore de poil au menton, toi, et tu demandes déjà ça ? Mais allez, je te raconte. Il faut un mâle et une femelle. Ou plutôt un mâle pour plusieurs femelles. Moi-même, j’ai une trentaine de fiancées. Les femelles ont le même âge et le même gabarit que moi. Jedi a les femelles âgées de 2 à 3 ans. Toi, Maurice, tu auras les chevrettes. Tout est une question d’odeur ! Le mystère de l’after-chèvre ! Le bouc dégage une odeur enivrante pour ces dames et parade en les stimulant avec des mamours. Parfois avec Jedi, on se bat très violemment, on se bat tellement que la patronne est obligée de nous séparer. Durant les amours, nous avons besoin de force et d’énergie : du foin, des céréales et des minéraux. Nous avons un harem et ne pouvons pas en changer, pour des questions de consanguinité. Parfois un bouc part dans un autre élevage pour saillir et un copain vient le remplacer. Lorsque la descendance est assurée par les mâles, on parle de monte naturelle. On parle de monte en main lorsque c’est l’éleveur qui nous présente les femelles qui sont en chaleur.

Il existe une autre façon de faire des bébés : l’insémination.

– Pourquoi avoir recours à un inséminateur ?

– Il n’est parfois pas possible de garder en permanence un mâle, surtout en élevage bovin. Un taureau peut peser 700 kg et plus encore. Contrairement aux idées reçues, l’insémination ne fait pas mal : d’ailleurs, avec une vache de plusieurs centaines de kilos, il vaut mieux être doux ! Ceci dit… entre-nous… lorsque nous paradons… nous oublions parfois d’être galants. Et puis, lors de l’insémination, certaines bêtes continuent de ruminer, et une bête qui rumine est une bête détendue !

– Et après ?

– Il faut compter cinq mois pour la gestation d’une chèvre ou d’une brebis. Trois mois, trois semaines et trois jours pour une truie, environ 280 jours pour une vache – ça varie selon les races. Lorsqu’une mise bas approche, l’éleveur, par son observation de la mère, sait si le moment est proche. Et la figure mère sait faire comprendre à son éleveur que ça y est. Parfois mes femelles, celles qui sont expérimentées, sont rassurées lorsque la patronne est là. Parfois, même, elles l’appellent et l’attendent. Avec les femelles qui mettent bas pour la première fois, il faut plus d’attention : les aider, leur parler et les caresser. L’important est de surveiller le bon déroulement du travail et que le ou les petits se présentent museau et pattes en avant. Sinon, l’éleveur doit intervenir pour replacer le petit. Si le travail s’arrête, dure trop longtemps, que la mère s’épuise, que le petit est trop gros, l’éleveur fera appel au vétérinaire. La patronne a dû faire pratiquer des césariennes sur deux femelles en cinq ans et, au jour d’aujourd’hui, ces chèvres se portent à merveille ! Et il n’y a pas eu de soucis les années suivantes. Lorsque les femelles sont gestantes, elles ont besoin de repos et d’une bonne alimentation. Pour les chèvres laitières, elles arrêtent de faire du lait trois mois avant le terme, afin de constituer des réserves pour le petit et la future lactation. Une chèvre bien nourrie, et qui a un éleveur attentif, peut vieillir sans soucis.

Allez petit ! On verra les travaux pratiques à la fin de l’été ! Et je te préviens : aiguise tes cornes et gare aux coups bas ! Parce qu’en amour, y a pas d’amitié qui tienne ! »

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