Auteur : Hercule Bouc Page 1 of 2

PIERCING SANS TROU ET HURLEMENT

Nous avons encore constaté la diffusion d’une énième vidéo d’ignorants qui postent des inepties sans comprendre plutôt que de questionner des professionnels. Il s’agissait cette fois de l’anneau anti-tétée.

Alors explications !

Pensant que l’humour par l’absurde avait une plus grande portée que la pédagogie pompeuse, j’ai entrepris, dans un premier temps, de poster une photo de ma patronne et de ses piercings. Mais la chose m’a suffisamment échauffé pour que je transforme le commentaire en billet .

Dans les commentaires on peut lire (attention ça pique les yeux) :

« Que pensez vous des boucle antie tete que les paysans mete aux vache pourai ton intdire cela merci »

Ou, si j’ai bien suivi :

« Que pensez-vous des boucles anti-tétée que les paysans mettent aux vaches ? Pourrait-on interdire cela ? Merci. »

Quand je lis ce genre de questions, premièrement j’observe une minute de silence en la mémoire de la langue française, deuxièmement je me demande bien pourquoi elle est posée.
Je suppose que l’on imagine qu’il s’agit d’une pratique barbare venue du fond des âges, douloureuse pour l’animal, comme toutes ces choses contraires à la juste prise en compte du bien-être animal.

Mais de quoi parlons-nous ?

Anneau anti-tétée la photo fait frémir, n’est-ce pas ?

Alors afin d’éviter un buzz qui véhicule l’ignorance détricotons ce tissu de fausses évidences.
Les boucles anti-tétée sont des anneaux que l’on passe dans le nez. Ils sont surmontés de petits picots peu affûtés, en nombre variable et parfois fusionnés en une fine plaque. Ces picots de métal sont orientés vers l’extérieur, vers l’avant de la génisse, pas vers le nez ou la peau. Ils ne blessent donc pas l’animal qui les porte, et en plus, comme il s’agit de jeunes adolescentes, ce coquet piercing ne traverse pas la cloison nasale. Deux boucles d’oreille, c’est bien suffisant à leur âge.

À moi de poser une question, chers deux-pattes :

Vous êtes-vous demandés pourquoi les éleveurs s’amusent à acheter ces trucs pour les placer sur le nez de certaines de leurs génisses ?

Non ?

Vous en demandez pourtant l’interdiction. Pourquoi ? Parce qu’il y a des picots de métal dessus, que ce n’est pas beau et que ça doit d’une manière ou d’une autre servir à torturer les animaux ?
Et que les éleveurs sont tous de gros salopiauds qu’ il faudrait pendre par les tripes ?

Passons au vif du sujet : ces coquetteries sont en général placées sur le mufle de génisses sevrées (elles ne tètent donc plus leur mère), animaux qui sont le plus souvent regroupés en lots homogènes. Certaines de ces génisses, dites “téteuses” (il doit y avoir d’autres noms ), ont une tendance marquée à téter le pis de leurs jeunes amies. Copines qui ont, comme elles, quelques mois, et qui dissimulent entre leurs cuisses les délicates promesses des plantureuses mamelles à venir.

Non, les éleveurs n’interdisent pas ces jeux innocents parce qu’ils réprouvent la découverte trop précoce du corps de ces adolescentes à travers l’exploration de celui de leurs alter ego. Les paysans sont des gens ouverts et pragmatiques, enclins à laisser faire la nature … tant qu’il n’y a pas de dégâts.

Or, des dégâts, il y en a : en tétant des pis encore secs et fragiles, ces coupables génisses les condamnent à de précoces inflammations et infections qui peuvent entraver le bon développement du pis, voire l’assécher irrémédiablement. Une vache étant élevée pour faire du lait ou des veaux (qui ont besoin de lait), ces jeux les pousseront donc vers un précoce engraissement, puis vers l’abattoir.

La tétée n’étant pas douloureuse, les génisses se laissent faire. C’est pourquoi les éleveurs disposent ces anneaux sur le mufle des tétardes tétouilleuses : pour le coup, ces baisers deviennent douloureux et peu de génisses apprécient les ébats sado-masochistes. Elles cessent donc de se laisser faire et, repoussant les avances, préservent leur poitrine entrecuisse en devenir.

Et voilà. Ces instruments de torture ne sont donc que de simples appareils qui ne blessent pas la coquette qui les porte, ni ses congénères qui évitent alors la tétée. Ils n’empêchent pas de boire, de manger ou d’exprimer un répertoire comportemental normal.

Je suis donc contre leur interdiction ! Et pour la pédagogie.

Pour terminer, je voudrais préciser que je n’ai, par ce billet, chers deux-pattes, nullement l’intention de blesser . Vous ignoriez l’intérêt de ces anneaux, mais au lieu de demander à quoi ils servent, vous avez préféré demander leur interdiction, en pensant qu’ils étaient forcément mauvais. En cela, vous réagissez comme nombre de personnes à des choses que vous ne comprenez pas et que personne ne prend le temps de vous expliquer. Pensez simplement à demander ces explications. N’hésitez pas à poser des questions aux paysans heureux d’échanger avec vous sur leur métier de passion et qui vous parleront bien mieux que moi de bon nombre d’aspects de ce métier d’éleveur au sujet duquel tant de croyances infondées circulent, à l’intersection du choc entre une image que l’on voudrait chérir et idéaliser et des réalités.

L’anthropomorphisme a encore de beaux jours devant lui.

Sinon, je songe à placer un anneau nasal à la Patronne pour qu’elle tête moins de boisson maltée .

Bik Bisous qui sent le bouc .

ERREUR DE PARCOURS

Vous connaissez l’expression « chercher une aiguille dans une meule de foin » ? Eh bien, il y a aussi « chercher une chevrette sur 100 hectares de bruyères échevelées ».

« Vers l’infini, et au-delà ! »

Mes filles, les chevrettes qui sont destinées à intégrer le troupeau de laitières – Paula, Paupiette, Patou, Picolina, Pastaga et Chaussette – se sont perdues ce matin.

Je vous raconte.

Mes chevriers nous élèvent sur un massif situé dans le sud de la France : le massif des Albères. Ils nous élèvent selon ce qu’on appelle un modèle extensif, c’est à dire que nous avons de l’espace pour parcourir, pour manger et nous promener. Ils travaillent selon un système pastoral (vous en apprenez des choses, dites donc !) en nous promenant de parcelle en parcelle, afin d’aller manger la végétation qui apportera suffisamment d’énergie pour faire du lait et aussi dans le but de débroussailler et, ainsi, limiter les risques d’incendie.

On oppose le modèle extensif au modèle hors-sol, dans lequel les animaux ne sortent pas du bâtiment. Entre ces deux modèles, il y a tout un tas de modèles d’élevage possibles : des animaux qui restent en stabulation, d’autres qui sont dans des prés, d’autres encore qui sortent au printemps et qui restent en bâtiment l’hiver, de gros élevages de plusieurs centaines de bêtes, des petits élevages… Certains produisent leur foin et leurs céréales, d’autres pas, soit parce qu’ils n’ont pas les terres ou le matériel pour le faire, ou alors parce que le terrain est trop accidenté. Certains élevages n’ont pas la possibilité de sortir les animaux parce qu’ils ne disposent que d’une petite surface.

« On veut sortir !!! »

Bref chacun fait comme il peut plus que comme il veut !

Nous, notre chèvrerie est en plein massif forestier. En pleine suberaie (forêt de chênes-lièges). Mmmm ! C’est bon la suberaie ! Surtout à l’automne quand il y a plein de glands qui tombent des chênes ! Mais les chevriers ne veulent pas qu’on en mange trop parce que ça nous fait mal au ventre.

La suberaie au printemps, c’est bon aussi ! Lavande, salsepareille, genêt… Et il y a plein de bruyères ! Plein partout ! Même que parfois, seuls les sangliers peuvent les traverser, tant elles sont emmêlées et échevelées. Et un deux pattes, parfois, ne peut pas les traverser.

Bref, mes filles ont quatre mois. Elles sont sevrées et en plus du foin et des céréales, elles doivent apprendre à manger dehors. Mes chevriers, pour commencer, les sortent comme une récréation : une heure autour de la chèvrerie pour découvrir. Mes filles font plus de cabrioles qu’elles ne mangent. Dès la deuxième sortie, elles grignotent les toupets des bruyères arborescentes, puis elles goûtent aux feuilles de chênes : chênes verts et chênes pédonculés, mais pas encore aux chênes kermès trop ligneux pour leurs petites dents. Elles ne s’éloignent pas du chevrier, car elles sont craintives et peuvent s’effrayer d’un oiseau qui se pose à proximité !

Fin juin, cela fait plusieurs semaines que les chevrettes sont en apprentissage du parcours. Elles sont maintenant incorporées au reste du troupeau pour la balade-repas. Et ce n’est pas simple, car les chèvres adultes ne voient pas d’un œil bienveillant ces nouvelles qui viennent grignoter LEURS ARBUSTES. Alors les chèvres adultes les tapent et les chevrettes se retrouvent en queue de peloton, car en parcours, les dominantes conduisent et ouvrent la marche et ne tolèrent pas qu’une jeunette passe devant.

« À la queue, comme tout le monde ! »

Et aujourd’hui : accident de parcours !

Mes chevriers n’ont pas vu que les chevrettes avaient quitté le peloton de queue et la piste pour aller s’enfoncer dans la bruyère.

C’était l’heure de rentrer en bâtiment et le troupeau arpentait la piste qui y conduit sous la chaleur et un soleil qui darde. Les grandes sont habituées. Elles ont chaud et soufflent, mais sont habituées.
Les chevrettes, non. Elles n’ont pas l’habitude. Elles ont moins de ressources et fatiguent plus vite.
Alors mes filles ont trouvé judicieux de décrocher de la piste pour aller chercher la fraîcheur sous les bruyères. Discrètement. Sans bruit. Sans attirer l’attention du chevrier ou du chien.

Au moment de rentrer le troupeau, ce fut une évidence : Paula, Chaussette, Pastaga, Paupiette, Patou et Picolina avaient disparu.

ça tape dur !

13 h : 35°. Soleil de plomb.

Couple de buses, renards, blaireaux et chiens errants ne permettent pas que les filles passent la nuit dehors. Et la chaleur et la déshydratation non plus.

Ni une ni deux : il fallait partir à leur recherche .

Le chien fut d’un piètre secours : accablé par la chaleur qu’il était, il préféra s’allonger au frais et à l’ombre, donc les deux chevriers ne devait compter que sur eux-mêmes.

ah ! la pôv’ bête !

Il est arrivé par le passé qu’un chevreau échappé du parc suive les chèvres et s’égare : il n’a jamais été retrouvé. Là, il fallait les retrouver avant la nuit. Or les chevrettes – était-ce l’instinct de protection ? était-ce la fatigue et la chaleur ? – ne répondaient pas aux appels. Aux « bébés », « bilibili » et au bruit familier des céréales agitées dans le seau qui les fait accourir à toute vitesse d’ordinaire.

Le soleil mord la peau. La chaleur est accablante. Les bruyères sont hostiles et les ronces sont hargneuses. Le temps passe.

Les chevriers vont renoncer quand, soudain, une buse plane en décrivant un cercle.

LE TALWEG EN CONTREBAS ! Zou !

Tant pis pour les bras griffés par les branches. Il faut s’enfoncer au milieu des bruyères, au fond, au frais, à l’ombre : elles sont là ! Elles entendent et répondent aux appels ! Elles finissent par se lever et cheminer vers les voix familières. Enfin !

Paula, Paupiette, Pastaga, Patou, Picolina et Chaussettes rentrent au bercail.

Il faut fêter ça : eau fraîche et minéraux pour elles et bière bien fraîche pour les chevriers !

Erreur de parcours qui finit bien, grâce à l’intervention et au courage des deux chevriers, qui n’ont pas ménagé leur temps et leur peine pour retrouver les quelques fuyardes. Encore des éleveurs peu soucieux de leurs animaux, sans doute !

CONTRÔLE !

Le lundi c’est contrôle. Le contrôleur vient… contrôler.

Oh ! il ne s’agit pas de ces contrôleurs qu’on donne aux chiens et dont les restes finissent aux sangliers, non.
Il s’agit du contrôleur laitier, celui avec qui on commence par boire un café. Celui qui joue avec le chien et qui vous aide aux mouvements de troupeau entre deux lots de chèvres à traire. Celui qui connaît le nom de vos chèvres et qui flatte la cuisse (de la chèvre, what did you expect?) en guise de présentation avant de brancher une chèvre. Le contrôleur sympa, quoi.

Le contrôle laitier, c’est ce qu’on appelle un syndicat de performance. Cékoidon ?
C’est un appui technique à adhésion facultative. Il n’est pas obligatoire. Il est là pour aider et conseiller l’éleveur. Les résultats du contrôle laitier servent de feuille de route pour ensuite aider l’éleveur dans les calculs de rations et pour la sélection génétique.

En effet, pour faire du bon lait (et pour ce qui nous concerne, du bon fromage), il faut un lait avec de bons taux de matière grasse et de protéines. Et cela dépendra d’une part de l’alimentation du troupeau, d’autre part des caractères génétiques de l’animal. Alors, le contrôle laitier permet d’adapter les apports en foin et céréales de la ration en fonction du litrage et des taux. Et puis cela permet aussi d’améliorer vos taux ( Ça va ? J’ai perdu personne en route ?) .
Comment qu’on fait donc M’dame pour améliorer les taux ?
Rien à voir avec la bourse… Quoique… Les bourses du bouc ont un rôle à jouer.
Par exemple, en ce moment, c’est sec sur les parcours. Pas d’herbe et les biks sucent des cailloux (sans contrepèterie). Alors le taux de matière grasse chute. Et ça, c’est embêtant parce que le client, il veut du gras dans son fromage ! Du moelleux, de l’onctueux, de la tendresse bordel !

Alors, pour compenser le phénomène (qui est aussi naturel chez la chèvre en cette période, afin de sevrer les chevreaux et de coller au stade physiologique de la lactation, mais qui est emmerdant pour fromager : ben oui, les clients on veut pas les sevrer , on veut les rendre addict !) Euh… Où en étais-je ?

Ouï ! Afin de compenser le phénomène d’inversion de taux, il suffit de donner 50 grammes de graines de tournesol par chèvre et par jour, et le lait retrouve un peu de gras !
Et bien ça, je l’ai appris avec le contrôleur laitier !

Et… Pssssssst… Approchez… Je vous livre un secret…
Non seulement le contrôleur est un ancien éleveur caprin fromager, mais c’est aussi MON ANCIEN MAÎTRE DE STAGE. Alors, il me donne des conseils pour fromager ! Et pour améliorer les taux ! Et là, on en vient à la bourse : on fait appel au bouc ! Ben oui, la génétique quoi ! La bonne graine qui donnera la bonne chevrette issue de la bonne mère. Donc, on adapte le bouc. Mes guerriers, Hercule Bouc, Jedi et Orion, ont une bonne génétique et engendrent de bonnes fifilles.

Hercule Bouc ? Les cordons de la bourse : ça te parle ?
Le contrôleur laitier est aussi celui qui passe dans tous les élevages laitiers. Celui qui fait lien. Celui qui vous donne la température de la filière :
« Tiens je suis passé chez trucmuche, tu savais que… »
« Tiens je t’ai trouvé quelqu’un pour placer ton bouc… »
Ce matin, entre le café et la madeleine, le contrôleur m’a donné des nouvelles du front. Et les nouvelles ne sont pas bonnes !

On savait qu’il n’y avait plus de pognon nulle part et surtout pas chez les éleveurs.
Mais là, le Conseil Général et la Région coupent les vivres et ce sont les syndicats de perf’ qui sont les premiers touchés.
Ainsi, on ne sait pas si le poste de contrôleur laitier pourra être maintenu, faute de subventions du CG. Le CG va aussi couper les vivres aux syndicats professionnels tels « la Rosée des Pyrénées », « l’Association foncière pastorale » , « les syndicats de travaux » : des organismes qui soutenaient les éleveurs et leurs filières.
Une fois de plus, le constat est le même : l’élevage paysan du pourtour méditerranéen ne fait pas partie des priorités et les filières seront encore un peu plus abandonnées.

Ah ! Oui ! Il y en a pour qui cela ne va pas si mal : les éleveurs bovins allaitants qui ont bloqué la plupart des terres des communaux, pouvant ainsi déclarer le maximum de surfaces pour toucher les primes et empêchant toute nouvelle installation agricole dans le département…
Lors de l’assemblée générale , roiiiii , y en avait de beaux pick-up flambants neufs et qui sucent du gasoil ! Fini les C15 !
Qu’ils en profitent : bientôt la réforme de la PAC 2020 et ce sera tout le monde en limousine. Euh, je parle des vaches ! Des vaches pour tracter les Nissan Navara que les éleveurs ne pourront plus faire rouler.

Voilà. Le contrôleur laitier sert à tout ça !
Là, il part au Maroc. Il y a trois ans, il a aidé une fromagerie à se créer près de Fès. C’est marrant de l’écouter me raconter comment ça se passe la bas : le lait est pasteurisé à cause de la brucellose, pas d’identification des chèvres, des caves d’affinage à 5°C alors qu’un fromage s’affine au-dessus de 12°C, pas de culture du fromage affiné, tout se vend frais…

Bref, c’est sympa le contrôle.
Le contrôleur laitier c’est le seul à qui les chiens font la fête ! C’est un signe, non ?

L’ESTAFETTE DU CHARCUTIER

« Ça vient, ce petit salé ? »

Oui ! Il ne faut pas que tout ceci nous coupe l’appétit, au menu : petit salé aux lentilles…

… sauf que le congélateur est vide ! En effet j’ai pris les derniers morceaux des trois cochons transformés à la ferme il y a deux ans de cela, PIM, PAM, POUM, pour faire des nems. Alors comment faire ? Aller au supermerkat ? BEURK ! Non merci.

« Dans le cochon, tout est bon. »
Oui, mais encore faut-il qu’il soit bien élevé !

photo : XADI

Ben justement, tout à côté de chez moi, au pied du Massif des Albères, il y a un élevage qui s’est créé depuis un an. Des petits cochons roses, élevés en plein air, issus de femelles de la race large white croisée landrace et d’un mâle pietrain pure race. Des petits cochons qui poussent sur le bon terroir catalan ! Grâce aux soins de Xavier et Didier, les petits gars qui ont planté l’étendard de leur élevage sur le casot : il flotte fièrement au vent et on peut l’apercevoir de la route qui mène à la côte catalane.

L’élevage s’appelle XADI, contraction de Xavier et Didier. C’est eux qui vont me fournir de quoi faire mon petit salé.

« Ça vient, ce petit salé ?
– OUI patience !!!!! »

Les petits gars ont pris le temps, eux ! De se former à la découpe auprès de professionnels dans le Cantal, et cela durant plusieurs mois. Ajouté à leur expérience dans la restauration et à leur amour des bons produits : c’est l’équation gagnante !

« J’ai toujours adoré la viande, la charcuterie, faire la cuisine », déclare Xavier.

De leur association et leurs envies est né cet élevage. Et ce ne fut pas chose facile de trouver un site pour accueillir l’élevage : trouver le foncier, convaincre les riverains, débloquer les financements… Mais ils sont là et après les premiers essais, les produits ont pu commencer à être commercialisés !

Et tout ça, c’est du boulot !

L’abattage se fait le lundi. Les carcasses sont récupérées le mardi matin. La transformation se fait le mardi, mercredi, jeudi, vendredi matin et samedi après-midi. Et puis il y a les marchés !!

D’ailleurs zou ! Au marché pour récupérer mes morceaux pour le petit salé.

photo : XADI

Pour les trouver c’est facile, c’est l’estafette rouge et blanche. La classe, cette estafette !… Bon, sauf qu’un jour, elle a perdu une roue en allant au marché…

Mais pas cette fois : Didier est là, tout sourire, barbe bien peignée.

photo : XADI

Y a du choix. Et surtout… Du jambon ! Oui, du jambon ! Et je vous parle du vrai jambon, une recette traditionnelle datant de 1885 ! Sans additifs, sans sels nitrites ni phosphate. LE JAMBON ! Celui qui vous fait prendre conscience que tout ce que vous avez pu manger avant n’était qu’ersatz.

« Ça vient, ce petit salé ?
– Oui, oui, ça vient. »

Pour faire du bon jambon et un bon petit salé, faut des bêtes bien élevées. Et c’est tout le travail de Xavier et Didier. C’est qu’ils y sont bien soignés, ces petits cochons. Ils arrivent à l’élevage à 8 semaines, pesant 25 kilos, en provenance d’une ferme de l’Aveyron qui récolte la « semence » et l’insémine à ses femelles. Ils y grandissent jusqu’à l’âge de 10 mois. Reçoivent un mélange de céréales sans OGM de provenance française (blé, orge, colza) et un complément de fruits et légumes. À l’âge de dix mois, ils pèsent alors entre 150 et 200 kilos et sont conduits à la Catalane d’Abattage, l’abattoir de Perpignan. Ils sont alors récupérés par XADI.

Des petits cochons, une centaine pour le moment avec un objectif de 120 cochons engraissés par an à terme, bien à l’aise sur 8,5 hectares. Ils sont à 20 par enclos et bénéficient d’un parc pour grommeler, gratter, se rouler… et parfois pour s’échapper et faire une razzia sur le stock de céréales ; pour faire leurs trucs cochons quoi !

photo : XADI

Et pour s’abriter, de belle cabanes en bois. Dont le toit est assemblé selon une méthode japonaise ancestrale. Les planches en pin sont brûlées juste ce qu’il faut pour former une croûte, qui est ensuite grattée. Les planches rendues ainsi imperméables sont ensuite assemblées en toit.

 

« Ça vient, ce petit salé ?
– OUI, ça vient ! »

Bon, je vous laisse, je prends mon panier et je rentre pour faire mijoter ce petit salé !

photo : XADI

Tout de même, elle a de la gueule l’estafette du charcutier !

HAPPY POULETTE

Je me souviens des dimanches soirs de mon enfance : au menu soupe et œufs à la coque. Ma mère me préparait des mouillettes pour tremper dedans avec du beurre et du jambon. Ça reste souvent au menu de mes dimanches soirs et a comme un goût de nostalgie pour moi. DES ŒUFS EXTRA FRAIS, s’il vous plaît, pour tremper les mouillettes !

Extra frais, les œufs le sont chez Steph. Steph, ma voisine de marché du jeudi, dite « HAPPY POULETTE ». Elle propose sur les marchés les œufs plein air extra frais de son élevage de poules pondeuses. « Ohhhhh, t’as d’beaux œufs, tu sais » pourrait-on lui dire. Des gros, des moyens, des petits, pour régaler ses clients. Pour faire à la coque, en omelette, pour pâtisser… Elle prépare son étal, installe sa table, dresse sa nappe aux couleurs catalanes, puis pose son panneau (une poule coquine qui fait de l’œil aux acheteurs). Ensuite, elle sort ses plaques d’œufs triés selon leur poids : petit, moyen, gros.

Ses œufs sont tamponnés avec son numéro d’éleveur 1FR66×××. Le premier chiffre indique si l’œuf provient d’un élevage 0 bio / 1 plein air / 2 batterie / 3 cage. Chez Happy Poulette, les poules sont toutes plein air. Elle a 200 poules, qui sont réparties sur plusieurs poulaillers. Chaque poulailler bénéficie d’un parc, où elles sortent pour gratter. Ben oui, les poules aiment gratter. Souvent, en attendant les premiers clients, nous papotons en sirotant un café. Nous échangeons des recettes. Oh ! pas de cuisine, mais des préparations à base d’huiles essentielles pour soigner nos animaux. Steph utilise les huiles pour déparasiter et soigner. « Y A PAS DE FIPRONIL DANS MES ŒUFS ! » qu’elle clame haut et fort ! Non, pas de ça ! Après le récent scandale des œufs au FIPRONIL, les consommateurs se méfient.

Mais ces pratiques sont celles d’élevages intensifs, cotés 2 ou 3, dans lesquels les poules sont en cage et où la notion de bien-être animal est exclue… Parfois, certains nouveaux clients posent la question à Steph. Celle-ci explique alors, avec sa gouaille de Titi parisien, ses pratiques respectueuses de l’environnement. Ainsi, elle utilise de la terre de diatomée pour déparasiter, des décoctions d’ail pour vermifuger, le chalumeau et la chaux pour désinfecter les poulailler. On peut tremper sa mouillette en toute confiance dans ces œufs-là !

Steph s’est installée en 2013 avec son compagnon. D’abord avec 30 poules : « Quand je n’avais que 30 poules, j’aimais bien m’asseoir dans le poulailler. Les poules venaient me picorer le dos et ça me faisait comme un massage ! Le kif ! » Maintenant, avec 200… c’est un peu plus de travail et un peu moins de massage !

Steph va aux poulaillers deux fois par jour, pour contrôler l’état de ses poules, les nourrir (avec des céréales garanties sans OGM, mais aussi des minéraux, des coquilles d’huître et des végétaux). Elle ramasse les œufs le soir. Son chien, Yoshi, l’attend sagement à l’entrée du poulailler. D’ailleurs Yoshi et les trois autres chiens permettent de tenir les prédateurs à distance, comme les renards, blaireaux et fouines.

Ses 200 poules ne lui permettent pas d’avoir le statut d’exploitant à la MSA (Mutualité Sociale Agricole). Celle-ci n’affilie en tant qu’exploitant qu’à partir de 750 m² de bâtiments !!!!!! Soit 600 à 700 poules. Minimum. Pour être cotisant solidaire, il faut 200m² de bâtiments. Or, Steph a 200 poules et 50 m² de bâtiment… donc pas de statut. Ubuesque ! Sans doute faudrait-il revoir le cas de figure des élevages plein air.

Ohhhh, les premiers clients arrivent, fini le café !

Ça vous dit une omelette aux champignons ? C’est la saison !

MAURICE EST AMOUREUX

Bon, on va essayer de rester classe… car le règne animal manque parfois un peu de romantisme… murf…

un peu, beaucoup, à la folie… CROUNCH !

Maurice est amoureux. C’est la première fois que cela lui arrive. Âgé de 8 mois, il est en effervescence. Ça y est, il a du poil au menton et les attributs d’un jeune mâle – je parle des cornes. Mais qu’elles sont ridicules, en comparaison de celles de ses rivaux Hercule et Jedi… Il ressent des choses étranges, ça bouillonne en lui, un volcan prêt à l’éruption. Et l’odeur enivrante des femelles… Ses copines de case ne sentent rien encore, des pucelles. Les matrones, elles, embaument l’air. Maurice veut leur compter fleurette.

Mais dès qu’il tente une approche, fleur au fusil… BOUM ! Un choc d’une violence inouïe ! Les gros mâles l’envoient à plusieurs mètres avec une tamponnade à l’énergie décuplée. Et zou ! Maurice choit lamentablement dans les bruyères. Il se relève et va chercher protection dans les jambes de la patronne qui lève son bâton menaçant sur les gros mâles souhaitant en découdre avec le pauvre cadet éconduit.

« Allez, Maurice ! Courage ! Sois conquérant ! »

Une grattouille, une tape amicale sur la croupe et Maurice reprend confiance. Il repart museau au vent. Les gros mâles sont occupés à se battre. Ils se bataillent Idylle. Idylle, c’est le nom de cette femelle âgée de 4 ans. Mmmmmmh ! elle est belle ! Vite, vite ! Présentations rapides, deux coups de langue, une valse, puis Maurice se campe sur ses pattes arrières, trois coups de moulinet et HOP ! Idylle est ferrée !

« Mmmmbeuhhh, mbawwww ! »

Jedi s’est rendu compte que son freluquet de rival s’est glissé en douce dans son harem et arrive museau fumant ! Maurice détale et arrive à échapper au courroux de son aîné en se faufilant entre les buissons. Il fait profil bas… bon… 1 minute, guère plus. Le temps de recharger et il repart au front.

Pénétrer les lignes ennemies en rasant le sol. Le long des tranchées cheminer. Armer son fusil. Et prendre d’assaut la forteresse Hermès.
« Banzaiiiiiiii ! »

VLAOUMMM !……….. ça, c’est le bruit que fait un Maurice qui vole pour atterrir sur un tronc de chêne liège centenaire après avoir été éconduit par Hermès qui dégoise : « Casse toi ! Tu pues pas suffisamment le bouc ! Petit merdeux, reviens lorsque tu auras du poil aux jarrets ! »

La patronne dépitée, décide de jouer l’entremetteuse, façon AdopteUnBouc.com.
Il y a Lilith, petite femelle de 1 an qui remue la queue et que Jedi et Hercule ne daignent même pas renifler.
« Lilith, je te présente Maurice. Maurice, je te présente Lilith. Par les pouvoirs qui me sont conférés, je vous déclare… euh… bon, ben puisque Maurice, tu as déjà commencé… vous pouvez consommer la mariée. »

HERCULE ET LE COMMERCIAL

Photo illustration par Aurich Lawson

Souhaitant améliorer quelque peu la production laitière de mes donzelles et afin de répondre à la demande en fromage (oui, la rançon de la gloire… que voulez-vous !), je me dis qu’il serait peut-être bon de revoir la ration des biques.

Je sors de mon portefeuille une carte de visite : c’est celle d’un commercial en alimentation animale. Il travaille pour la centrale Artemis, boîte de Pandore qui a tout un tas de dépôts dans nos campagnes profondes.

« Allô , Monsieur Almagouille ? C’est la patronne.
– Oui, bonjour Madame Patronne.
– Pouvons-nous nous voir ? J’aurais voulu en savoir plus sur vos produits. Demain 14 h 30 ?
– Oui ! Pas de problème pour demain 15 h 30 ! »

Arrive le bonshomme. Après les convenances d’accueil, nous nous attablons. M. Almagouille ouvre le catalogue. Y a un de ces machins pour stocker les céréales 😍
« Té ! c’est bien ce truc ! Cela m’éviterait de me rendre toutes les semaines au dépôt à munitions du colonel Trautman (bon pour ceux qui arrivent : c’est ainsi que je nomme le gérant de Gamm Vert… suivez, un peu, quoi !)
– Ah ! le silo Wonder Expert Pro 3000 ! La Rolls du stockage à grain !!!!🎻🎻🎻 Le silo est offert si vous vous engagez à prendre durant 5 ans le mélange TurboBik.
– Cékoidon ?
– Avec TurboBik, vous allez cartonner au contrôle laitier, ma p’tite dame. »

Je vous ai déjà dit combien « ma p’tite dame » me faisait me transformer en truc fumant ?… bref…

« Justement, ma p’tite dame, j’en ai apporté un échantillon. »

Almagouille enfile une paire de gants et ouvre un sachet. Il en verse le contenu sur la table. En fait, sur la palette posée sur des rondins et qui fait office de… ouais, on s’en fout… Mais bon, ça a son importance quand même, vous allez voir.
Des boules, ou plutôt des granulés multicolores… c’est joli. On a presque envie de les monter en collier.

« Et vous dites qu’elles vont pisser le lait, avec ça ?
– Ouiiii ! Je veux. Et les accessoires sont fournis avec.
– Quels accessoires ?
– Tout d’abord, les réducteurs de pression.
– ???????
– Eh oui ! c’est que… lorsque vous allez tirer le lait… ça va sortir à 16 bars !
– DIDIOU !!!!! Quand même !
– Et puis y a aussi les injections.
– ???????
– … Ben, à cause des hormones, faut les calmer. Par contre, n’oubliez surtout pas une dose !
– ???????
– … Oui surtout les soirs de pleine lune… Enfermez-les. C’est mieux. À cause du syndrome de manque… Vos cornadis, c’est des cornadis à veaux ?
– Oui.
– Ah, c’est bien ça… parce qu’elles vont prendre de l’encolure !
– Beaucoup ?
– Fouille ! Non, à peine. Et aussi, faites gaffe que les boucs ne mangent pas la ration des femelles.
– ???????
– Oui, la moustache leur pousse et ils se mettent à chanter du Village People.
– J’suis plus très sûre…
– Ah si !!!! Ça va leur donner un beau poil. Brillant ! Surtout la nuit ! Et sinon… le fumier, vous en faites quoi ?
– ??????
– C’est parce qu’on peut vous l’enlever ! On peut le recycler pour AREVA. Ah ! J’allais oublier !!!! Plus besoin de débroussailler : avec les vitamines, elles vous couchent un chêne liège centenaire en 5 minutes.
– C’est à cause de cette poudre blanche, là ? C’est quoi ? de l’argile ?
– Mmmmm non… pas tout à fait… un truc stimulant.
– Elles le lèchent ?
– Non, vous le mettez dans la gouttière, là, comme ça, et elles le sniffent. Laissez-moi vous parlez de…
– Vous vendez pas de croquettes pour chien, vous ?
– ??????
– Parce que Cerbère et Méphistophelès ont comme… la dalle ! Alors, je vous laisse, disons, 200 mètres d’ avance ? Et n’oubliez pas votre poudre (qui a troué la palette), ça va vous aider pour courir. Vite… très vite ! 😈 »

« Allez, les filles, on va goûter ! Y a des glands, de la salsepareille, du fragon, de l’asparagus, du laurier, des noisettes. On fera moins de lait… mais du bon ! »

PIERCING

Conversation entre la patronne et Hercule Bouc, sur l’utilité des décorations d’oreilles :

« Quoi, Hercule ? Pourquoi me regardes-tu avec tant d’insistance ?
– Je regarde tes oreilles.
– ?????
– Toi aussi, tu as des boucles auriculaires !
– Oui, certes ! Ce ne sont pas tout à fait les mêmes.
– Y a rien d’écrit sur les tiennes ?
– Non pas besoin. Moi, à la place, j’ai une carte d’identité, un papier qui témoigne que je suis bien moi !
– Et pourquoi j’en ai pas, moi, de papier ?
– Ben si… Tu en as des papiers, puisque tu es un bouc issu d’IA.
– ?????????
– Ta maman, ben… Comment dire… a reçu des paillettes. Des paillettes de bouc que l’inséminateur a placé dans la matrice de ta mère. Ton père est un bouc extraordinaire qui a permis que tu existes ! Et je me réjouis d’avoir un si beau bouc, si gentil et costaud.
– Je veux mes papiers !
– Non. Tu vas les bouffer !
– Murf.
– En attendant, il est temps de mettre les boucles électroniques à tes filles : Madeleine, Maella, Mal de Cap, Mafalda, Marguerite et Mechoui.
– Pourquoi ?
– Moi, je les reconnais, mais les autres, non ! Si le vétérinaire départemental vient, elles doivent être bouclées. C’est obligatoire ! Et sur les boucles, il y a mon numéro d’éleveur en plus du numéro millésime de la chèvre. Ce numéro leur est attribué à vie et permet de savoir qui elles sont, d’où elles viennent et quel âge elles ont. Si une boucle est perdue, en attendant d’en recevoir une autre via le GDS (groupement de défense sanitaire), on doit poser une boucle provisoire de couleur rouge sur laquelle on transcrit au marqueur indélébile les numéros d’identification et d’éleveur.
– Uhhhhh ! C’est désagréable !
– T’inquiète ! Je fais vite et bien, et tes filles ne seront pas plus incommodées que cela. En plus, je fais ça avec une pince propre et je désinfecte avant ! Et puis regarde : moi aussi, j’en ai et j’ai pas pleuré ! »

🎼🎶PROM’NONS-NOUS DANS LES BOIS🎵🎶

🎼🎶 Prom’nons-nous dans les bois, pendant que le loup ‘y est pas… 🎵🎶

… Pas de loup dans les Pyrénées Orientales. Mais parfois des chiens errants. Alors, suite à des charges et morsures de chiens sur les chèvres, les protecteurs Gnocchi et Laika, des bergers yougoslaves, appelés aussi Charplaninacs, nous suivent en promenade. Un mâle, Gnocchi, âgé de 5 ans, et une femelle, Laika, âgée de 6 ans.
120 kilos de patous à eux deux.

Le patou est le gardien de troupeau. Par extension, il désigne aussi le chien de la race Montagne des Pyrénées.
Ces protecteurs sont des molossoïdes, des chiens de fort gabarit avec un museau typique de cette morphologie, et surtout une prédisposition innée à la garde et la protection.
Ils vont se poster en éclaireur ou en hauteur pour surveiller les abords. S’ils sont plusieurs, ils vont se répartir les tâches et les plus jeunes calquent leurs attitudes sur les plus expérimentés.

Certaines races se fondent dans le troupeau et en sortiront si il y a une menace. D’autres sont plus dans la garde active : c’est le cas du Charplaninac.

Je ne vais pas entrer dans un descriptif des différentes races de protecteurs car je n’en ai pas la compétence.
Juste un clin d’œil à ces partenaires de l’ombre qui permettent de pouvoir être serein.
Leur voix de stentor signale leur présence aux intrus et… cela peut être source de gêne pour le voisinage. Mais elle suffit aussi à tenir éloignés les chiens errants.
Leur marquage olfactif… leur pipi et popo… donne un message clair aux renards, blaireaux et chiens : attention, tu entres sur mon territoire ! Et le Charpla a une notion vaste du territoire ! Cela ne se cantonne pas à l’enclos (dont il se fiche). S’il estime devoir défendre au-delà, il franchira le grillage… ou le défoncera !

Ensuite, ils vont neutraliser l’intrus. C’est-à-dire qu’ils vont l’empêcher de bouger (alors qu’un Montagne des Pyrénées l’éloignera dans la majorité des cas).
Bon, s’il s’agit d’un canidé (renard ou chien), il y aura pertes et fracas. Si c’est un humain, il fera du pressing pour qu’il s’en aille.

… C’est que c’est impressionnant, les patous ! Et il faut garder son sang-froid pour ne pas exacerber l’agressivité du ou des chiens.
Des cas de morsures sont parfois rapportés par les médias. Mais il s’agit de comprendre ce qui a pu conduire à l’accident.

Tout d’abord, à l’entrée d’une ferme ou en randonnée en montagne, si la présence des chiens est signalée, prenez soin de respecter la signalétique et n’entrez pas sur le territoire en l’absence du maître des chiens.
Si vous êtes à proximité d’un troupeau, éloignez-vous le plus possible et surtout, ne traversez jamais le troupeau !

Face à un chien menaçant, reculez sans agitation et éloignez-vous sans crier. Lancez calmement un « file aux brebis ! », « file aux biquettes ! », « file aux vaches ! » Placez votre sac à dos entre vous et le Patou. Mais parfois…
Le mieux est de scrupuleusement respecter les panneaux et anticiper en s’éloignant quand on entend les aboiements… car les chiens détectent votre présence bien avant que vous soyez près du troupeau ! Alors prenez au plus large !

Les accidents surviennent lorsqu’il y a mépris de ces consignes.

Faire garder son troupeau ou ses bâtiments agricoles reste une nécessité pour l’éleveur. Je n’entrerai pas ici dans des considérations sur le loup, n’étant pas exposée. J’y consacrerai un écrit ultérieurement.
Le plus gros prédateur, hormis les chiens errants, reste l’humain ! Les vols dans les exploitations sont faits courants : matériel agricole, carburant, denrées, véhicules et bétail !
Parfois des saligauds prélèvent la viande sur pied en laissant la carcasse dans la pâture. Immonde !

Les bibiks ont déjà été mordues par des chiens errants et je me réjouis que nous ayons été là, avec le troupeau, à chaque attaque. Cela a minimisé la casse. Bon, il y a eu quelques dommages chez les assaillants… mais voilà : « pas touche aux bibiks ! » Merci les poilus !
Allez ! c’est l’heure de la gamelle !

Prom’nons-nous dans les bois… 🎵🎶

Randonneurs et promeneurs, pour une meilleure prévention, vous pouvez télécharger la bande dessinée de la Pastorale Pyrénéenne en cliquant sur l’image ci-dessus ou depuis leur site : www.pastoralepyreneenne.fr

 

« QUE TU AS DE GRANDES CORNES, HERCULE ! »

Maurice, petit bouc âgé de 6 mois, regarde, quelque peu envieux, les cornes de son aîné Hercule :
« Comme elles sont grandes tes cornes, Hercule ! Dis, j’en aurai des comme les tiennes un jour ?
– Attends d’avoir du poil au menton gamin.
– À quoi ça sert ? Est ce que ça pousse vite ?
– Patroooooone ! Explique-lui, au petit jeune ! Murf.
– Allez, p’tit cadet !… Les tiennes sont encore modestes, mais tu n’as que 6 mois et elles vont pousser, pousser, pousser !

Ça  peut paraître un peu étrange à rappeler, mais les chèvres sont des animaux à cornes… comme les vaches d’ailleurs… quoiqu’à y regarder de plus près, cette évidence ne semble pas aller de soi ! Pourquoi existe-t-il des chèvres sans cornes ? Naissent-elles sans cornes ?

Chez nous, tout le monde est cornu. Et les chèvres ont naturellement des cornes, plus ou moins imposantes selon les races. À la naissance, on ne sent qu’une bosse.

Mais certaines chèvres naissent sans cornes (on dit alors qu’elles sont mottes), mais la grande majorité de leurs congénères les portent fièrement sur la tête.

Les cornes sont toujours paires, mais pas toujours totalement symétriques. Elles sont constituées d’une cheville osseuse recouverte de kératine. Elles semblent pousser toute la vie de l’animal, dès sa naissance.

Les cornes poussent plus vite chez le petit bouc que chez la femelle.

Mais pourquoi les chèvres ont-elles des cornes ?

Les cornes servent principalement à se défendre ou à assurer au mâle sa suprématie sur son harem, ce qui explique que les cornes sont plus grandes et plus majestueuses chez le bouc que chez la chèvre.

Accessoirement elle servent aussi à se gratter… ce qui à l’air bien pratique ma foi !

Alors pourquoi pouvons-nous voir des élevages sans cornes ? Certains éleveurs font le choix d’écorner pour éviter les luttes. Cela se fait avec des pâtes à écorner ou un fer.

Est-ce que ça fait mal ?
Il faut que le geste soit maîtrisé et il faut le faire au bon moment, avant que la corne n’affleure. Certes, le geste peut paraître impressionnant et cela n’est pas des plus agréable pour la jeune chevrette.
Une brève douleur est ressentie par l’animal. Il faut ensuite surveiller l’évolution les jours qui suivent.

Pourquoi le faire ?????
Mes chèvres sont toutes cornues, c’était un choix.
Lorsque je suis allée chercher mes chevrettes chez un collègue éleveur, un vieux briscard, il m’a dit : « Si tu n’écornes pas, tu signes pour en ch*** ! »
« Bah ! me suis-je dis. Avec une centaine d’hectares, elles n’auront aucune raison de se battre ! »
Sauf que… c’était mal connaître la propension naturelle de la chèvre alpine chamoisée à établir une hiérarchie !
Cinq années, quelques agrafeuses, quelques chèvres abîmées et une note salée de soins vétérinaires plus tard, je révise ma copie et fais le choix d’écorner la génération à venir.

Mon troupeau est composé de chèvres alpines chamoisées. C’est une race plutôt pêchue en caractère. Qui plus est, la chèvre est un animal hiérarchique. C’est à dire qu’il y a des dominantes et des dominées. Et puis parfois… des coups de Trafalgar, des règlements de comptes… des p’tits coups de pu*** !…
Et ça ne rigole pas ! Et puis les hormones pendant les chaleurs ou la fin de gestation, les fortes chaleurs de la période estivale qui renforcent la concurrence sur les parcours secs du pourtour méditerranéen… Autant de périodes qui augmentent l’irritabilité et donc la fréquence des combats.

Coups dans la mamelle, patte cassée, côte cassée, éventration, avortement, hémorragie…
L’issue est parfois funeste.

Alors plutôt que de pleurer la mort d’une chèvre, comme ce fut le cas ce vendredi avec la mort de Heineken qui a eu la cage thoracique défoncée par Inès alors qu’elle étaient dans la bergerie, je me dis qu’un écornage vaut mieux qu’une fin tragique.

Et que celui qui veut m’affubler de noms d’oiseaux vienne lui-même poser les agrafes !

Pour ce qui sera de la cohabitation des chèvres écornées avec les cornues, elles auront des parcs distincts et les chèvres écornées refusant le combat d’emblée, elles seront dominées.

Pour ce qui est de l’esthétique « Oui, mais c’est tellement plus beau avec les cornes ! », une chèvre avec toutes ses pattes, ses deux pis et le cuir intact, c’est mieux qu’une reine de podium.

« Quant à toi petit Maurice, je te conseille de garder tes distances avec Hercule et Jedi quand la période des amours arrivera, car vu ton gabarit… tu vas voler ! »

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